mes parents : Maurice et Arlette
1932-1945 (la deuxième guerre mondiale, la débâcle, l'après guerre..)
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1932- Trouville, ma mère Arlette
1932
Ma mère, Arlette NEY, s'accommode mal de la vie à la ferme en plein bocage normand : porter des sabots crottés, traire et curer les vaches, préparer la pâtée pour les canards, ramasser de l'herbe pour les lapins, aller chercher l'eau au puits, s'occuper de ses trois frères et soeurs venus au monde, comme par miracle, après la mort de son père pendant le dernier conflit avec les Allemands...., Elle rêve d'une vie plus citadine avec l'eau courante et l'électricité !
Mais, surtout, elle ne supporte plus les trop nombreux amants de sa mère, sa réputation légère, et qui vit chichement de son allocation de veuve de guerre complétée par de maigres revenus de métayage pour le compte d'un riche propriétaire de terres agricoles. Elle va claquer la porte !
Aussi, fuit-elle la campagne pour aller travailler, en premier lieu, à Trouville, une ville balnéaire chic et chez un dentiste, chez qui elle va découvrir le confort moderne et les jolies robes. Dans la foulée, elle se fait couper les cheveux à la garçonne. Les frisettes remplacent avantageusement les cheveux raides et le chignon. La nouvelle mode fait fureur et contrarie les grincheux !
Se promener, en lorgnant les garçons, sur le chemin des planches au bord de la mer à Trouville, c'est plus attrayant que de courir après les vaches dans les prés !
Trouville
1936 : Paris, début de la romance
Dès sa majorité, elle décide de "monter" à Paris. C'est là qu'elle a connu mon père, un dimanche soir "au balajo", un dancing bien connu et à la mode. Ils se plaisent, se revoient et ce fut le début de la romance, d'autant facilitée qu'ils sont tous deux originaires du même coin de Normandie, ce qui les rapprocha.
Toutefois, Maurice PIGNARD, mon père, doit effectuer son service militaire, qu'il va faire au 149ème régiment d'infanterie à Longuyon (Meurthe et Moselle), là où s'amorcent les fortifications de la ligne Maginot. Il participe aux marches à pied, exercices, défilés, bivouacs de nuit, garde-à-vous, manoeuvres, montées des couleurs, corvées de pluches et de ratas, bref le quotidien du biffin, le tout accompagné par la sonnerie du clairon et les gueulantes des juteux.
En France, c'est le Front Populaire. Les français euphoriques découvrent dans la liesse le bord de mer et les premiers congés payés, tandis qu'en Espagne, un coup de force militaire, conduit par le général Franco, déclenche une guerre civile. Londres et Paris choisissent la "non intervention".
1937 : mariage à Longuyon
Ma mère quitte la vie parisienne, va rejoindre son amoureux dans cette ville de garnison, et ils se marient par un de ces jours froids et secs de mars où le soleil brille dans un ciel sans nuages.
Mais le bonheur ne durera guère...
mes parents 1937
1938 : Paris
En Allemagne, il y a les ambitions forcenées d'Adolf Hitler qui, en mars, pénètre en Autriche comme dans du beurre. Il annexe Vienne sans coup férir. L'Anschluss est accompli. C'est, aussi, quelques mois après, l'occupation de la Tchécoslovaquie.
La guerre civile en Espagne fait rage. On s'entretue.
Dès le service militaire terminé, mes parents s'installent au pied de la butte Montmartre, dans un logement de deux pièces au rez-de-chaussée d'un immeuble situé au 41 rue des trois Frères près du Sacré-Coeur. Rues commerçantes, actives, bruyantes, peuplées d'une foule bigarrée, quartier d'artistes, de demi-mondaines, d'artisans, de petits fonctionnaires et de "filles".
L'époque est à l'insouciance et on croit en la paix. Maurice Chevalier chante "ma pomme" et Edith Piaf "mon légionnaire". Une chanson ancienne revient à la mode "Tout va très bien, Madame le Marquise. tout va très bien, tout va très bien...."
Le retour à la vie parisienne est pourtant de courte durée.
1939 : la guerre
Les troupes de Hitler ont envahi la Pologne. Que peuvent faire les cavaliers polonais contre les chars allemands ?
Solidaires, le Royaume-uni et la France déclarent la guerre à l'Allemagne. Et, un nouveau conflit se profile vingt cinq ans après le début de la guerre mondiale de 1914, avec une nouvelle boucherie comparable... Les anciens combattants de 1914/1918, ceux qui avaient 20 ans au début du conflit, ont à peine 45 ans !!
Aussi, ils vont réapprendre à mettre leurs bandes molletières et à marcher au pas aux cotés de leurs fils !!
septembre 1939
Mon père, 1er rang 2ème à gauche
Les affiches blanches de la mobilisation avec leurs petits drapeaux croisés, oubliées depuis 1914, refont leur apparition. Les mobilisés préparent leur barda à contre-coeur et rejoignent leur caserne d'affectation. Dans les jours qui suivent, les soldats prennent le train sans tambour ni trompette, sans fleurs ni cris "à Berlin". Ils doivent rejoindre le front de l'Est, ou en forteresse sur la ligne Maginot, ces bunkers construits à grand frais par le Gouvernement français et qui sont sensés éviter l'invasion du pays par les troupes allemandes.
Tous les réservistes font des têtes d'enterrement et, d'ailleurs savent-ils, eux, où se trouvent Dantzig et son couloir en Pologne, motif de l'énervement d'Hitler ? Ils ne veulent pas mourir pour Dantzig et tous s'en foutent dans la pagaille de la gare de l'Est et à l'heure du départ !
Une fois arrivés dans les casernes, ils constatent avec effarement qu'ils ne disposent que d'une paire de godillots pour deux, d'un casque pour trois, d'un fusil pour quatre. Ils réapprennent laborieusement à enrouler leurs bandes molletières, à retrouver les gestes qui expriment les marques extérieures de respect envers la hiérarchie militaire tandis que le haut commandement, (Waygand, Pétain) demeure accroché aux conceptions stratégiques de 1918.
Un autre temps s'installe : le début des craintes et de l'angoisse pour ma mère, elle qui a perdu son père tué par les Allemands en 1915.
Les mois passent... les hostilités ne sont pas déclenchées. Aussi, comme personne ne se bat dans le Nord, un peu d'espoir revient dans les familles françaises.
Caserne de Longwy
Pendant ce temps là, les intellectuels, les pacifistes, les idéalistes, froussards à tout crin, restent obsédés par l'antibolchévisme et le désarmement unilatéral de la France. L'air du temps est à l'antimilitarisme, au pacifisme et le patriotisme relégué aux oubliettes.
Résultat : la France n'a ni avions ni chars pour défendre le territoire national. Aussi, pour pallier à cette insuffisance, on va réquisitionner tous les quadrupèdes : chevaux, mules, mulets, tout ce qui peut tirer un fourgon, un canon, une ambulance, une cuisine roulante... Dans la foulée, les pigeons voyageurs complètent le manque de matériel de transmission.
Les États Majors vont faire leur possible pour rattraper leur retard dans l'armement de la nation, ordonnant aux usines de fabriquer deux cents avions par mois au lieu des vingt qui en sortent habituellement, alors que les Allemands en produisent un millier chaque mois.
Hitler, de son coté, galvanise les foules allemandes à l'esprit de la revanche, afin de secouer le carcan du traité de Versailles qu'il ne veut plus supporter. Il désire, aussi, récupérer l'Alsace et la Lorraine.
hiver 1939/1940
En France, personne ne se souvient d'avoir connu un hiver aussi rude.
Des millions d'hommes sont dans leurs cantonnements, leurs casemates, leurs postes de garde ou de guet, maudissant ce froid glacial, cette malédiction qui s'est abattue sur l'Europe, en même temps que la guerre.
On allume des braseros et les soldats jouent à la belote... pour passer le temps.
Les guetteurs s'observent sur chacune des deux rives du Rhin. Il n'y a pas de bombardements, même aériens.
Pendant huit mois, rien ne se passe, c'est "la drôle de guerre", usante pour les nerfs et le moral des soldats français formés pour une guerre offensive.
Printemps 1940
La Guerre éclate en Europe, tel un abcès. Les pays tombent les uns après les autres sous les ruades nazies avec une facilité déconcertante. Une résistance pathétique se met difficilement en place, vite écrasée par les panzers frappés de la croix gammée. Les nouvelles ne sont pas bonnes, le spectre d'un embrasement général hante les esprits.
En Espagne, les rebelles franquistes achèvent de mettre en pièces les forces républicaines. Madrid capitule. Les combattants vaincus marchent vers la France, passent les Pyrénées, troupeau d'hommes, de femmes, d'enfants, d'éclopés, guenilleux, traînant des fusils sans munitions. On les interne dans des camps de concentration avec ce qu'il faut de baraques, barbelés, miradors, sentinelles en armes, en les traitant de "sales communistes et d'anarchistes".
L'Allemagne envahit la Norvège pour le contrôle de la "route du fer", minerai indispensable à l'industrie Allemande. La Russie annexe la Finlande et les Pays Baltes.
L'invasion de la France est imminente.
18 avril 1940 : Paris 18ème
La météo annonce de nombreux orages sur la France.
A 16 heures, je viens au monde à l'Hôpital Bretonneau, Paris dans le 18ème. Je pèse 4 kg,..
Ma mère me donne comme prénoms Eliane, Madeleine ; le premier étant celui d'une artiste bien connue de l'époque, le deuxième celui de ma grand-mère paternelle. Elle "oublie" volontairement celui de sa mère, rancune tenace envers celle-ci.
ma mère en 1940
Mon Père est à l'armée sur le front de l'Est et ma mère, seule à Paris, doit travailler pour survivre. Elle me confie la journée à la crèche et, parfois, le soir, elle ne peut pas me récupérer à cause du couvre-feu, des alertes et des bombardements.
Elle va m'élever en tirant le diable par la queue.
mai 1940 : la débacle
A partir de Mai, c'est la débâcle générale, tout fout le camp alors que les Français pensent le ligne Maginot infranchissable. Les journaux en ont fait l'éloge, vanté la force de l'armée française et pronostiqué une victoire facile et rapide.
Les armées ennemies envahissent la Hollande puis la Belgique (pourtant neutres). Les fronts de l'Aisne et de la Somme sont rompus, le pays envahi et les Allemands occupent rapidement la France. Le Haut Commandement envoie la cavalerie, l'Allemagne ses blindés et ses avions. Le succès fulgurant des troupes allemandes va susciter autant d'effroi que de fascination dans la population française abasourdie.
Et, l'incapacité de nos États Majors va nous infliger, rapidement, la honte et le désastre. Paris, délaissé par le pouvoir, est abandonné aux chars ennemis. On évacue l'or de la France dans des camions blindés. On brûle d'épais dossiers secrets et les archives des Ministères.
C'est l'exode dans la hâte et la panique : tous les civils terrorisés par les récits de la première guerre mondiale, par la hantise d'une nouvelle invasion, fuient devant la poussée allemande en sanglotant de désespoir. C'est une longue et noire procession de voitures, de charrettes tirées par de gros chevaux de labour, dans une confusion phénoménale empêchant toute circulation et sans bien savoir où ils vont.
Pourtant, il faut, tant bien que mal, laisser le passage aux débris de l'armée française et à quelques bidasses, à pied, en camion, à vélos, avec ou sans officiers, échappés de la rafle gigantesque opérée par l'armée Allemande, et qui lancent des cris de terreur "les Boches arrivent".
Des déserteurs sans armes ni barda fuient vers le sud une guerre qu'ils ne veulent pas faire, au milieu des ambulances qui transportent des blessés au combat, vers l'arrière et les hôpitaux. Flot pathétique d'hommes, de femmes, d'enfants épuisés et sanglotant, déversé sur les routes alors que les avions ennemis larguent des bombes dans le mugissement des sirènes. Il y a des morts, des blessés dans les fossés et une foule désemparée appelant au secours. Où vont-ils ? Ils ne le savent pas. Fuir, fuir...
Et, tous réclament de l'eau, du lait pour les enfants, à manger, où dormir et de l'essence.
3 juin 1940
Paris est une ville exposée. Elle risque de tomber. La Luftwaffe largue plus de mille bombes, sur les Usines Renault, Citroën, et un cantonnement à Versailles.
A l'autre bout du monde, les Etats Unis, estiment avoir versé trop de sang, envoyé trop d'argent américain en 1917/18 pour venir secourir l'Angleterre et la France. Ils ne veulent pas entrer en guerre. Beaucoup pensent qu'ils auraient pu empêcher ce conflit s'ils s'étaient montrés solidaires de leurs alliés, mais on ne leur refera pas, deux fois, le coup de "La Fayette nous voilà".
10 juin 1940 : sauve qui peut général
Encerclé et bombardé jour et nuit, le bataillon de mon père reçoit l'ordre du Colonel de déposer les armes. C'est le "sauve qui peut", plus aucune résistance n'entrave la marche triomphale de l'armée Allemande, équipée de tenues légères adaptées à la température, tandis que les soldats français portent des tenues de laine, très difficiles à supporter dans la chaleur étouffante de ce début d'été.
"Rendez-vous sur la Loire" précisent les officiers d'active à leurs troupes encerclées par les armées Allemandes, alors qu'ils s'enfuient à bord de leur voiture personnelle avec l'essence de l'armée. A Dunkerque, les Anglais repassent le Chenal en demandant aux Français de tenir bon. La guerre est terminée, mais l'Angleterre n'accepte pas la défaite et reste décidée à poursuivre le combat, bien retranchée dans son île.
Une rumeur circule : "les Allemands seront à Paris demain" ! Le bruit du canon est presque continu.
Paris, en trois jours, se vide des deux tiers de sa population. C'est l'exode.. la terreur, la panique qui rend le peuple hagard.
Sur les routes de France, les ampoules aux pieds, la fatigue, la faim et la soif transforment les gens en loques. L'exode des parisiens vient s'ajouter à la foule des réfugiés qui fuit l'Est, le Nord, les Ardennes et les Flandres.. Ces fuyards, aux yeux agrandis par la peur, annoncent la venue du malheur, l'horreur des bombardements, la mort qui saccage tout au hasard. Ils sont victimes des bombardiers qui larguent des bombes et des stukas allemands qui, en piqué, mitraillent les colonnes de réfugiés dans le hurlement strident de leurs sirènes.
Sur le bord des routes, ce n'est plus que corps mutilés, chevaux éventrés, carcasses de voitures calcinées, enfants perdus au regard hébété, grands-mères assises sur des brouettes ou des landaus, encombrements routiers gigantesques...
Et Mussolini déclare la guerre à la France. Les divisions italiennes s'élancent à l'assaut des Alpes françaises, tandis que les blindés allemands foncent sur Paris.
14 juin 1940 : Paris occupé
Paris est déclarée ville ouverte, ce qui évite des combats destructeurs et meurtriers.
Les Allemands défilent sur les Champs Elysées. On hisse la croix gammée sur la tour Eiffel et les monuments publics.
La capitale est à moitié vide. Derrière leurs volets clos, les français cloîtrés, anxieux, attendent des nouvelles autour du poste de TSF.
Au cours de cet été splendide, au milieu des coquelicots et des bleuets, la Loire est devenue la ligne de front. Une "bataille de la Loire" : peut-elle sauver la France, comme jadis la bataille de la Marne ? Les ponts sur le fleuve commencent à sauter les uns après les autres bloquant sur ses rives des milliers de réfugiés affamés, terrifiés par les bombardements et les mitraillages. Cet exode-panique rappelle les grandes peurs du Moyen-Age engendrées par la peste..
17 juin 1940 : la capitulation
Le Maréchal Pétain, cet héros de la guerre de 1914/1918, légué par les morts de Verdun, est une icône dont on n'imagine pas qu'à 84 ans il ait d'autres ambitions que de servir notre pays. Il annonce la capitulation de la France en prononçant cette phrase fatidique "C'est le coeur serré que je vous dis qu'il faut cesser le combat".
Mais l'armistice n'est pas encore signé.
Cette débacle incite les soldats français à déposer les armes, à se rendre, puis à partir à pied, en longues étapes, vers les camps de prisonniers. Quant aux millions de réfugiés civils, ces naufragés de l'exode, évacués des zones envahies, puis occupées par les Allemands, ils n'espèrent qu'une chose : retrouver au plus vite leur foyer, leur maison, leur région, leur pays.
Aussi, toutes les mères, toutes les épouses se sentent soulagées de savoir la guerre terminée : leurs enfants, leurs époux vont rentrer, ils ne sont plus en danger. Qu'a-t-on à redouter de la paix revenue ? On va reprendre la vie comme avant !
18 juin 1940 : Londres
De Londres, c'est l'Appel du général de Gaulle à la résistance : "la France a perdu une bataille mais n'a pas perdu la guerre !"
Qui doit-on écouter ? Pétain ou ce général que personne ne connaît et qui aura 50 ans en novembre prochain ?
Beaucoup considère qu'ils ont de la chance d'être toujours en vie dans un pays qui vient de rendre l'âme. La première guerre a laissé des traces douloureuses et les Français, broyés, ont compris qu'il vaut mieux être débrouillard et vivant qu'héroïque et mort.
La "drôle de guerre", cessa rapidement d'être drôle et ne sera pas drôle pour tout le monde.
20 juin 1940 : prisonnier de guerre
Sous un ciel d'un bleu intense et dans l'insolence de l'été radieux, mon père est fait prisonnier à Epinal. Puis, débarrassé de son Lebel sans munitions, il est déporté à marche forcée et en traînant les pieds, sous escorte de gardes vers un stalag. Avec ses compagnons engoncés dans leurs lourdes capotes d'hiver, car l'armée n'a pas prévu des tenues d'été, ils ressemblent plus à un troupeau d'animaux qu'à un rassemblement d'hommes.
Affamés pendant des jours, les yeux battus par des nuits d'insomnie, vareuse déchirée, couverts de poussière, visage pas rasé depuis une semaine, godillots boueux, bidons flottant sur le ceinturon, n'ayant pour toute nourriture qu'un breuvage teinté dans lequel nagent quelques morceaux de patates, ils sont harassés de fatigue et de faim. A cette épreuve et par manque d'hygiène, s'ajoutent de nouveaux venus : les poux et les morpions.
Armée en guenilles, encadrée par l'ennemi vainqueur, ils croisent des camions chargés d'hommes de troupes, des fourgons bâchés, des citernes de carburant, des voitures décapotables avec à leur bord des officiers supérieurs ennemis, mais aussi des escadrons à moto, tous prenant la direction de la capitale française. Les vaincus, en voyant ces unités mécanisées et ces jeunes soldats ennemis, baissent les yeux, humiliés et honteux.
Toute idée de libération est vite abandonnée. Ils sont à la disposition du Grand Reich, pris en otages ou considérés comme monnaie d'échange.
22 juin 1940
signature de l'armistice
28 juin 1940
L'avion de Hitler se pose au Bourget. Triomphant, il réalise un de ses rêves : visiter Paris ... la capitale vaincue.
Juillet 1940 : l'Autriche
stalag XVII B - Autriche
Terrassés par la fatigue, la chaleur, la soif et la faim, les prisonniers français arrivent à la frontière allemande où ils sont embarqués à 50 par wagons, lucarne grillagée, tinette dans un coin, bouclés dans des wagons à bestiaux aux portes verrouillées.
La locomotive est attelée, il y a des coups de sifflet, puis c'est le départ du convoi vers l'inconnu en vue d'un long parcours. Ils ont le coeur rempli d'angoisse car se pose la question : "pour quelle destination ?". Chacun essaye de s'installer comme il peut, les membres recroquevillés et ils traversent l'Allemagne non seulement harassés de fatigue mais de plus en plus affamés.
Enfermés dans ces wagons, l'atmosphère devient rapidement irrespirable. L'entassement des corps en sueur, couverts de crasse et la tinette vite pleine, répandent une puanteur intolérable dans l'air déjà saturé. Aux arrêts, on leur fournit du pain noir et une soupe claire de pomme de terre. Cela dure des jours et des nuits avant l'arrivée à la destination finale.
Ouverture des portes : ils descendent sur le quai de la gare où flottent des drapeaux nazis, et ce fut la vocifération des ordres. Mis en colonne par quatre, comptage des prisonniers, ce sera une marche, en traînant les pieds pendant des kilomètres, encadrée par des gardes pour découvrir leur lieu de séjour pour de "longues vacances dépaysantes" : le stalag XVII B, en Autriche.
C'est un grand camp de prisonniers, entouré de fil de fer barbelé sur trois rangées et trois mètres de haut, flanqué de miradors munis de puissants projecteurs dans lesquels on peut deviner des hommes de garde équipés de fusil mitrailleur. Ce qui constitue une barrière infranchissable.
Pour combien de temps sont-ils là ? Question sans réponse.
Ils sont soumis aux formalités d'inscription d'entrée et de leur état civil, on leur attribue un numéro matricule -83573 pour mon père- et ils passent à la désinfection pour éliminer les parasites. Du moins, pour quelques jours ! On leur communique les ordres à la discipline imposée, en leur précisant que toute rébellion, trouble ou tentative d'évasion seront passibles de très graves sanctions pouvant se terminer en un camp disciplinaire ou pire, en travaux forcés. Ils risquent de devenir des loques.
Rapidement, allongés sur la paillasse, l'estomac vide, le désoeuvrement va engendrer de la lassitude. C'est une situation malsaine qui s'avère fatalement dévastatrice pour beaucoup d'entre eux. Sortir de cet enfer, mais par quels moyens ? Des exploitants agricoles réclament des travailleurs pour remplacer les hommes partis à la guerre. Mon père se porte volontaire.
Quelques jours plus tard, il est affecté dans une ferme en Autriche pour assurer les travaux des champs où il sera mieux traité, dormant dans la paille de la grange, nourri d'une patate et d'un bout de lard.
Paris, l'occupation
Ma mère ne quitte pas la capitale malgré les bombardements l'obligeant à se réfugier en pleine nuit, au milieu des voisins qui sanglotent, dans les caves des immeubles mitoyens car les explosions ébranlent le sol et les maisons. Puis, les avions reprennent de la hauteur, les sirènes sonnent la fin de l'alerte et elle regagne son logis, stressée et épuisée.
Dans la journée, elle connaît les bousculades vers les bouches de métro servant d'abris. Elle organise son existence, gère le quotidien, tente de s'assumer financièrement, se débrouille comme elle peut.
Puis, c'est l'occupation, les longues files d'attente devant les rares commerces ouverts. Mais les étals sont vides, les rations alimentaires insuffisantes, le marché noir florissant. La France devient une immense fourmilière qui tente de faire provision de n'importe quoi pour survivre. Tout s'écoule dans les arrières-boutiques, rideaux baissés, voix assourdies à ceux qui peuvent payer. Les pauvres deviennent plus maigres et les riches plus gras.
Une première lettre arrive, précisant à ma mère "que son mari est prisonnier et pas blessé". En réalité, la guerre n'est pas finie, mon père est vivant, mais loin des combats. Car c'est une guerre étrange qui n'en est plus une, mais qui adopte d'autres formes d'oppression et d'angoisse.
Le gouvernement va fuir Paris vers les châteaux de la Loire puis, devant l'avancée allemande, il se réfugie à Bordeaux et enfin à Vichy, à l'Hôtel du Parc, derrière la ligne de démarcation. Les membres du gouvernement profitent des bains et des charmes de cette petite ville thermale et ont l'impression d'être en vacances. La France est coupée en deux.
Les anciens, ceux de 14/18 ont honte. Ils se demandent avec stupeur comment nos armées ont pu connaître une pareille défaite. L'occupation nazie annule tous leurs sacrifices, rend totalement vains leurs souffrances, leurs pieds gelés, les millions de morts de ces quatre années de massacre et d'horreur.
Bien la peine d'avoir tué tant de monde pour en arriver à ce sinistre résultat !
Paris est devenu Allemand.
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Pétain, à la voix chevrotante, ramasse la France abandonnée, piétinée. Il veut la remettre d'aplomb, rétablir l'ordre et sauver l'honneur de notre beau pays.
Il a ses "fans" habituels : les anciens combattants de 14/18, mais aussi les autres : les paysans à qui il proclame les bienfaits du retour à la terre ; les vieux et les vieilles en les gratifiant d'une petite retraite que la IIIème République a votée, mais pas eu le temps d'appliquer ; les mères de familles que personne n'honorent jusqu'à présent et à qui il octroit une fête officielle ; les familles de prisonniers qui comptent sur lui pour que leurs maris, leurs fils reviennent au plus vite ; les riches possédants effrayés par le Front Populaire, les communistes ; les chrétiens, les curés et la hiérarchie ecclésiastique ; beaucoup d'instituteurs qui font chanter à tue tête à leurs élèves "Maréchal, nous voilà, devant toi le sauveur de la France ... ". Cet hymne remplace la Marseillaise mise aux oubliettes !
Tout cela dans un débordement de patriotisme retrouvé.
Certains tentent d'expliquer les motifs de la défaite : les quarante heures, les quinze jours de congés payés pour visiter la France en tandem, les assurances sociales, les allocations familiales, les instituteurs avec leur pacifisme, leur socialisme, leur internationalisme. Tout cet argent distribué au détriment de l'armement de la France.
Le culte du Maréchal va s'organiser, avec son regard bleu, sa moustache blanche, ses sept étoiles d'or. Les écoles vont recevoir sa photo encadrée pour tapisser les murs de chaque classe. Nouveaux principes à appliquer immédiatement : Travail, Famille, Patrie, trois mots remplaçant, désormais, ceux d'Egalité, Liberté, Fraternité, issus de 1789 et de la Révolution Française.
La République a rendu l'âme. Pétain, autoritaire, a les pleins pouvoirs.
1941 : la guerre devient mondiale
Ce sera la collaboration, les mesures prisent contre les juifs, les communistes, les résistants. Les déportations vont s'accélérer de semaine en semaine.
L'Allemagne nazie étend le front de l'est, de la Baltique à la mer Noire, en rompant le pacte de non-agression signé avec les Russes, leurs anciens alliés. Puis, les Japonais attaquent Pearl Harbor et les Etats-Unis entrent dans la guerre.
Le malheur devient planétaire.
L'Angleterre, retranchée dans son île cernée par les eaux, nargue cette armée allemande stoppée sur l'autre rive d'en face, supportant stoïquement les bombardements de ses villes. Les pilotes font des prouesses pour intercepter les bombardiers de la Luftwaffe avant le survol de leur territoire et le largage des bombes.
De Londres, les Français parlent aux Français, à la nuit tombée, dans le poste TSF acheté d'occasion et qui gémit comme un vieux moulin à café. Les émissions commencent par le son sourd d'un gong. D'étranges messages sont lancés, d'une voix grave, sans rire du tout : "le chien jaune mange de la confiture de groseille", "le chat de la voisine a le rhume des foins", "le silence avance à reculons" ..., ou des choses pour contes de fée "cendrillon viendra au bal ce soir"...
Comprenne qui pourra..., mais cela fait rêver les Français à des jours meilleurs ! Ils restent scotchés à leur radio, du matin au soir, des mois durant, les doigts tripotant le bouton en quête de stations moins brouillées, d'où sortent des bruits de friture et dans la crainte d'être repérés et dénoncés. Le sifflement strident des ondes remplit les maisons de rumeurs galactiques.
Il y aura, aussi, une émission radio intitulée "Radio Paris ment, radio Paris est Allemand".
1942 : retour à Paris
vélo-taxi : mon père accoudé au vélo |
rue des trois frères : les enfants Pignard, Paulette ou Renée ?, Germain, Maurice, Odette |
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Pierre Laval, Chef du gouvernement de Pétain, promet la libération progressive des prisonniers de guerre, mais demande, aussi, plus de collaboration aux français, en inventant "la Relève" et en l'expliquant ainsi : "je donne des ouvriers qualifiés et motivés, on me rend des prisonniers". Les Allemands se font tirer l'oreille. Les prisonniers, ils les ont sur place, dans leurs usines, les fermes, les carrières. Ils travaillent et construisent même les autoroutes, cela ne leur coûte rien, ou si peu. Ils peuvent aussi, sans problème et en cas de besoin, opérer des rafles, réquisitionner la main-d'oeuvre voulue.
Quel est donc ce marché de dupes, du "donnant-donnant" ?
Ce sera le STO "Service du travail obligatoire", et l'Allemagne libérera, en réalité, un prisonnier contre cinq travailleurs volontaires qualifiés. La finalité, surtout, est d'éloigner les hommes jeunes susceptibles de reprendre les armes. Rapidement, les intéressés s'enfuient se cacher dans les maquis pour ne pas être envoyés en Allemagne. Ils grossissent les groupes de résistants, cependant qu'une grande partie de français respecte scrupuleusement l'armistice et les consignes du vieux Maréchal.
Mon père bénéficie de ces étranges dispositions, étant l'aîné et le soutien de famille de ses six frères et soeurs, ses parents étant tous deux décédés. Il rentre à Paris tout étonné d'un tel miracle. Il faut travailler, il est courageux, s'instaure vélo-taxi. Roger, son frère, également prisonnier, ne rentre qu'en 1945. Vivant, mais dans quel état de délabrement physique et moral.
Pendant ce temps là, les Allemands construisent le "Mur de l'Atlantique" à grand renfort d'ouvrages bétonnés dans le but d'interdire toute tentative de débarquement par les troupes anglaises et autres alliés éventuels. Hitler fait pleuvoir sur Londres ses armes secrètes, appelées V1 ou météores, des avions sans pilote que la chasse anglaise n'arrive guère à intercepter.
L'automne marque un tournant dans la guerre, les événements s'enchaînent en rafales : les Américains repoussent les Allemands en Libye, les Alliés débarquent en Algérie et, en représailles, la zone sud est envahie. La flotte française se saborde à Toulon.
A Paris, on manque de tout, mais en province, malgré les razzias officielles, il reste de la volaille, des cochons, des oeufs, du beurre. Aussi mes parents font, en tandem, de nombreux allers-retours dans les fermes familiales pour trouver du ravitaillement.
Mon Père, Eliane et ??
1943 : les bombardements alliés
L'aviation alliée va commencer le bombardement systématique de tous les centres industriels importants, les mines, les noeuds ferroviaires, les dépôts de carburant, les ports où les sous-marins allemands peuvent se cacher. Naturellement, la moitié des bombes rate leurs cibles, s'égare sur les fermes isolées, les hôpitaux, les écoles, les villes et les cités ouvrières, tuant aussi la population civile.
D'autres avions ravitailleurs approvisionnent les maquis, en armes, médicaments, postes de radio, boeuf en conserve, billets de banque : tout ce qu'il faut pour vivre et résister. Des consignes en clair ou en obscur circulent sous le manteau, dans les livres de messe, dans les jambes de bois. Des dépôts d'armes se dissimulent dans les puits, sous les tuiles des maisons, sous les fleurs des jardins, sous la paille des poulaillers, attendant le moment opportun pour paraître au grand jour.
La libération du pays se profile enfin à l'horizon
1944 : quoi de neuf à l'horizon
Le ciel continue de dégringoler sur les têtes, au petit bonheur la chance. L'aviation libératrice bombarde les villes françaises, du Nord au Sud et des milliers de français paient de leur vie la myopie américaine. Particulièrement la Normandie. D'immenses concentrations de troupes, de matériel, de bateaux se mettent en place sur les côtes de l'Angleterre en vue du débarquement décisif, qui ne peut plus tarder.
Puis ce sera "le jour le plus long" comme l'appela Rommel.
Il devient évident que l'Allemagne ne gagnera pas la guerre. Même les idiots des villages le comprennent.
6 juin 1944 : "que Dieu vous bénisse"
La bataille de Normandie commence au lever du jour : le ciel est couvert d'avions, la terre tremble, six mille tonnes de bombes sont déversées. C'est le débarquement des forces alliées sur les plages normandes, par un temps gris d'automne et après 5 heures de mal de mer par une mer agitée pendant lesquelles les soldats vont rendre tripes et boyaux dans leurs casques. Certes, c'est à cause du mal de mer ... mais, tous savent que c'est, aussi, à cause du mal de guerre. Ils ont la trouille, plus morts que vivants, et pas fiers d'éprouver une telle frousse.
Le vent hurle, le ciel tremble de peur sous les coups du canon.
"Que Dieu vous bénisse" ! hurle le haut parleur.
Ils quittent le navire et mettent le pied sur le chaland de débarquement, avant de sauter dans la mer, avec tout leur barda, pour faire les derniers mètres dans une eau couleur de sang. Ils sont désormais sous le feu de l'ennemi, dans le bruit des rafales, des bombes et le hurlement des camarades blessés.
C'est ainsi que les soldats Britanniques, Canadiens, Américains prennent pied sur les plages sanglantes, appuyés par de puissants moyens en hommes, navires, aviation, matériels, sous un feu enragé et au prix de pertes considérables. Bombardements ratés, barges à la dérive, noyades de soldats trop chargés, chars amphibies coulant dans les vagues...Au milieu de cet enfer, des avions en flammes s'écrasent avec leurs pilotes et des milliers de parachutistes tentent de rejoindre le sol normand. Certains parachutes prennent feu et se transforment en torches dans un ciel zébré par les éclairs de la DCA.
Mais le pire reste à venir ; une terrible guerre de haies émaillée d'atrocités pendant trois mois dans les bocages normands, les chemins creux, contre les redoutables Panzers allemands et les jeunes SS fanatisés et aguerris. Martyre de la Normandie en ruines mais aussi actes de bravoure et de sacrifice de ces jeunes soldats mobilisés, mal formés, chargés de sauver la France dont beaucoup ignoraient jusqu'à l'existence avant de débarquer sur le sol français. Ces jeunes Américains font penser aux croisés du Moyen-Age allant reconquérir la Terre Sainte : même don de soi, même enthousiasme, même ferveur.
Caen est rasé par un orage d'acier tombé sur la ville. Les Alliés établiront une tête de pont, mais les Allemands contiendront leur avance. La Résistance multipliera ses attaques et l'Histoire tranchera définitivement en faveur de De Gaulle contre Pétain.
Une écrasante supériorité aérienne des forces alliées permet de l'emporter et de percer jusqu'à Paris. De Gaulle débarque, enfin, sur le sol français.
les alliés dans la campagne normande
14 juin 1944 - Vimoutiers où habite ma grand-mère maternelle
Il fait beau ce matin là. Un ciel d'un bleu intense, quelques petits nuages jouent à saute-mouton et ma tante Hélène est en train de traire ses vaches sur les collines du Vitou.
7 heures 55 du matin. Une trentaine de bombardiers des forces alliées, pareils à de gros bourdons, passent majestueusement sur la ville en formation impeccable. Les habitants sont émerveillés, voilà tant de mois qu'ils parlent en catimini d'un probable débarquement des Américains. Les forteresses volantes, si reconnaissables pour celui qui a connu ces heures difficiles, passent puis reviennent.
Soudain, l'air semble se froisser. Une soixantaine de bombes U.S. sont déversées sur Vimoutiers en 15 minutes. Une fumée lourde et épaisse s'élève au dessus de la ville et tend un écran noir où se reflètent des flammes et des ombres géantes. La ville aux vieilles maisons à colombages est complètement détruite. Seule l'église, comme celle de Caen, comme celle de Rouen, au milieu d'un champ de ruines, échappe, comme par miracle, à la destruction. C'est comme une insulte aux incroyants !
Il y a 200 morts, la population est sous le choc, anéantie.
Le ciel leur tombe sur la tête, les toits s'effondrent, plongeant les habitants dans une terreur incontrôlable. Les alliés, qui visent les points stratégiques, ont détruit la ville afin que les Allemands ne puissent pas s'y retrancher, mais les soldats ennemis l'ont évacuée sans dommage, pendant la nuit ! Ainsi, pendant de nombreuses semaines, un raz de marée de feu et d'acier déferle sur la Normandie et ne fait pas de différence entre les soldats allemands et les civils français qui paieront un lourd tribut.
Vimoutiers
juillet - août : la Normandie libérée
Les Américains brisent les lignes allemandes, l'armée de Patton s'empare de la Bretagne début août, la 2ème DB française approche de Paris insurgé. Les Allemands épuisés battent partout en retraite. Les SS remontent vers l'Allemagne mais ils tétanisent les populations, faisant fuir les habitants de leurs maisons, pillant les basse-cours, tuant les animaux. La guerre est brusquement partout dans sa cruelle réalité.
Pendant plusieurs semaines, ma grand-mère et ses enfants, jetés hors de leur maison par les Allemands et les bombardements alliés, sont obligés pour survivre, de se cacher dans d'anciennes carrières de pierre qui deviennent un havre de paix miraculeux pour les réfugiés qui s'y enfoncent par familles entières pour y trouver la sécurité. Comme l'a fait leurs ancêtres des millénaires avant eux, la vie s'organise tant bien que mal comme au premier âge. Tous retrouvent les gestes ancestraux pour se nourrir et survivre dans ces grottes.
Heureusement, on est en été. Les gens dorment à même le sol enveloppés dans des couvertures, éclairés par la lumière des bougies et des lampes-tempête. Les hommes partent à la "chasse" aux vaches et chevaux tués dans les champs. Découpée, la viande est cuite dans de grandes lessiveuses, sur des feux de bois. Le peu d'eau disponible sert pour la cuisine et on partage le moindre bout de pain que l'on a réussi à trouver. Les conditions d'hygiène sont épouvantables et les poux font leur apparition.
On y meure aussi, entre deux draps dressés pour un semblant d'intimité, dans un murmure de prières, de gémissements, de soupirs et de sanglots.
Ma grand mère retrouvera sa maison complètement saccagée, les meubles cassés ou brûlés, les lits éventrés et souillés, les armoires fouillées, les volailles à la tête coupée, les bêtes égorgées, crevées.
Puis, c'est la libération de Vimoutiers par les troupes canadiennes..., nos cousins d'outre Atlantique !
14 Août 1944 Vaudeloges (calvados)
Le frère de ma mère, André, 32 ans, est tué lors d'un affrontement entre soldats allemands et soldats alliés. Cinq Américains reposent ainsi dans la paix béate du petit cimetière : Nathan Folwel, Robert Brown, Ralph Deary, Thomas Finch, John Davies. Leurs noms figurent sur une plaque commémorative au pied du monument aux morts de 14/18..
Ouvrier agricole, il est venu se réfugier dans ce petit village. Marié au mois de mars précédent, il était domicilié normalement à Grisy une ville bombardée située à proximité d'une ligne de chemin de fer, point stratégique et objectif possible des alliés pour anéantir les armées allemandes en déroute.
J'ai retrouvé son acte de décès dans cette petite bourgade mais j'ai recherché en vain sa tombe et celle de sa jeune épouse.
monument aux morts de Vaudeloges
Août 1944 - La Libération de Paris
Américains et Français libres débarquent en Provence avec succès. Le 25 Août, Paris est libéré et le général De Gaulle est ovationné sous le regard et les applaudissements des badauds incrédules. Les Français qui vivent chichement avec des tickets de rationnement, sont, comme la plupart, ni collabos ni résistants. Ils se réjouissent du départ des "Boches" et sont heureux de la Libération. Il y aura des scènes de liesse, des fêtes, des soldats qui offrent des cigarettes et que l'on embrasse.
8 mai 1945 - La Capitulation
Enfin l'Allemagne capitule, après 5 années, neuf mois et huit jours de guerre et d'horreurs perpétrées par les deux camps.
Qu'on ressenti mes parents en apprenant, par la radio, que Berlin est enfin tombé ? Sont-ils descendus dans la rue où des fêtes, des feux d'artifice s'improvisent ? Je ne les entendrai jamais évoquer la joie de cette Victoire.. On-ils chanté et dansé jusqu'au matin ? Je n'en sais rien.
C'est durant ce printemps que les Français découvrent l'existence des camps d'extermination et l'anéantissement de millions d'êtres humains. Que pensent-ils désormais de Pétain qui a mis son gouvernement, ses préfets, sa police, ses chemins de fer, au service de cette grande entreprise de liquidation ?
En effet, les rescapés des camps nazis, décharnés et hagards, les prisonniers de guerre, fantômes parmi les fantômes, reviennent peu à peu sous le regard horrifié de la population sidérée. Roger, le frère de mon père, retrouve enfin sa femme et ses deux filles après sept années de sa vie volée.
Des femmes furent rasées, promenées presque nues en public, accusées de "collaboration horizontale" avec l'ennemi. On leur crache à la figure, on les tabasse. La France va nettoyer son territoire en arrêtant miliciens, traîtres et collabos qui n'ont pas vu le vent venir et su retourner leur veste à temps. On fusille dans la foulée...
L'Allemagne n'est plus qu'un amas de ruines, Adolph Hitler est mort dans son abri berlinois, le Grand Reich a perdu ses territoires annexés par l'URSS telle la Pologne, ou rendus à l'Autriche et à la Tchécoslovaquie. Le restant est divisé en deux : moitié sous la surveillance soviétique, moitié sous celle des Alliés.
En France, Pierre Laval est incarcéré, jugé et fusillé. Pétain condamné à mort, gracié par De Gaulle, finira sa vie en prison.
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Puis d 'Amérique ou d'Angleterre arrivent mille choses nouvelles : les stylos bille mais l'encre se coince souvent dans le tube ; les bas nylon, sorte de soie artificielle ; la pénicilline annoncée comme un remède miracle, plus besoin d'aller à Lourdes prier la Vierge Marie. Mais beaucoup de marchandises manquent encore, notamment les tissus qu'il faut sortir des réserves où ils sont cachés, depuis tant d'années, à la grande joie des souris et des mites.
C'est l'après-guerre. La France va devoir travailler dur pour sortir de ses décombres.
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suite du récit : cliquez ici, pour les années 1940/1958 : (mes souvenirs de jeunesse)
pour la généalogie voir le site : "http://gw.geneanet.org/elianepignard"