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1974/1976
Vive l'informatique, Bécassine, c'est fini !!
La mécanographie est devenue obsolète... , mon mariage aussi !
Les temps changent, la gestion des entreprises évolue. Le droit social, fiscal, juridique est en pleine mutation. Il faut appliquer le nouveau plan comptable, créer deux autres sociétés, une commerciale et une holding. Je crains d'atteindre mon "seuil de compétence" si je n'y prends garde. A défaut de vouloir ou pouvoir compléter ma formation, j'aurais connu, comme bien d'autres, le licenciement puis, les années passant, le chômage de longue durée, évincée comme tous ces "débiles" qui ont eu le tort de naître avant l'âge de l'électronique. Rude défi !
Quant à l'informatique, je n'ai aucune connaissance de base me permettant de prendre en charge l'exploitation d'un ordinateur, et désormais mes dirigeants s'orientent vers l'installation d'un matériel IBM. Aussi, au lieu de snober cette nouvelle technique, je décide de la prendre de front. Vaste programme.
Avec la femme de mon PDG, nous allons participer à des colloques organisés par IBM et le hasard voulu d'y rencontrer une cousine de mon mari, cadre commerciale dans cette société. Elle anime une journée de formation et nous déjeunons avec elle. Elle va nous orienter vers une société de sous-traitance, nous conseillant vivement cette option, avant d'envisager l'achat de notre propre matériel. A défaut, la transition, d'après elle, est périlleuse.. Sage conseil.
En effet, dans les semaines qui suivent, nous entrons en relation avec une société, équipée IBM, dont les bureaux sont situés à 15 minutes de Massy, sur la zone de Rungis. C'est ainsi que je fais connaissance avec Richard, gérant de cette société. Il tombe dans ma vie pour en chasser les regrets, les fantômes, la peur de l'avenir.
C'est un bel homme d'une quarantaine d'années, pied-noir tunisien, posé, affable, sûr de lui et sympathique. Sa femme, belle blonde, assez prétentieuse, dynamique, travaille avec lui. On sent, chez elle, une femme habituée au luxe et à l'argent facile. En commercial aguerri, Richard ne lésine pas sur les moyens afin d'obtenir une image flatteuse de lui et de sa société. Il tient absolument à compter mon entreprise parmi sa clientèle.
Toujours impeccable, des costumes de bonne facture, de la classe, aimant les grosses cylindrées étrangères, la bonne vie, il s'empresse de me faire découvrir les bons restaurants dont il raffole. Pour obtenir l'accord de mes dirigeants, il me propose de visiter plusieurs sociétés travaillant régulièrement avec lui, dans le but de découvrir leur organisation comptable et administrative. Peu habituée aux relations commerciales, je vais être confrontée, à travers l'informatique, à un milieu professionnel évolué, d'excellent niveau culturel et à forte majorité masculine. Ce qui me change totalement de mon milieu habituel tant professionnel que familial.
Ces visites, au cours desquelles je rencontre différents chefs d'entreprise, me permettent de me rendre compte de l'avancée technologique qu'apporte l'informatique. Je suis enthousiaste et après avoir obtenu l'accord de mes dirigeants, je vais passer tout l'été à organiser ce démarrage prévu pour le mois d'octobre, en vue de la prochaine saison des marrons ; il faut créer les fichiers clients, articles, stocks, représentants... jusqu'à l'interface comptable.
Tout va se passer merveilleusement bien, mais quel travail et quel stress !
Plusieurs années passent et la sous-traitance est mise à mal par la baisse des prix du matériel informatique. Ces sociétés ferment les unes après les autres. Désormais, chaque entreprise, petite ou moyenne, peut acheter son propre ordinateur. Ma société s'équipera d'un IBM AS400 en 1981 avec, pour le développement des logiciels, une nouvelle équipe de programmeurs indépendants. Je perdrai Richard de vue.
La modernisation de la société passera, au fil des années, par l'informatisation progressive de tous les services de l'entreprise, tant administratifs que production.
L'Institut Français de Gestion
C'est Richard qui me parle le premier de l'IFG, car il termine sa seconde année d'études, option "contrôle de gestion". Il me convainc de m'inscrire à la prochaine session afin de bénéficier d'une formation de qualité dans divers domaines du management des entreprises. Cela doit me permettre d'acquérir de nouvelles connaissances indispensables pour faire évoluer ma carrière, mais aussi prendre de l'assurance, moi qui en manque terriblement. D'après lui, j'ai le niveau requis et je suis capable d'obtenir ce diplôme.
Reste à persuader mes dirigeants. Cela suppose, en effet, que je m'absente de l'entreprise deux à trois jours par mois, ces cours étant financés par le budget formation. Claudine, notre conseil en droit social, va favoriser ce projet car elle est également intervenante dans cet institut qu'elle connaît bien.
Les postulants sont, en règle générale, issus des grandes écoles (X, ENA, HEC, Arts et Métiers, Mines, Supdéco...). A défaut, il est nécessaire de présenter une carrière de plus de cinq ans dans un poste d'encadrement administratif, commercial ou technique et l'IFG recherche quelques femmes de bon niveau pour diversifier un effectif jusqu'à présent exclusivement masculin.
Je suis donc reçue sur dossier et nous serons deux femmes dans une promotion de 150. Une grande première qui est saluée chaleureusement par le professeur des cours "finances".
A travers la reprise de mes études, je mets le doigt dans l'engrenage de la promotion rapide. Il est indispensable d'évoluer et vite, car le monde change à toute vitesse et mon entreprise affiche un retard pénalisant dans bien des domaines. Par contre, ces années de formation vont agrandir de façon notoire le fossé qui existe déjà entre mon mari et moi.
Je vais le dépasser, (si ce n'est déjà fait, d'ailleurs) ce que son égo démesuré ne supportera pas.
La communion de Valérie
Valérie dans notre jardin
C'est la dernière année scolaire de notre fille à la Ville du Bois, et il est souhaitable, d'après la directrice, qu'elle change d'établissement, car d'après elle "Valérie a trop pris d'habitudes préjudiciables à la discipline".
Pourtant, avant la fin de sa scolarité, elle fera sa première communion dans la petite église de l'école et je m'y rendrai seule. Son père ne veut pas m'accompagner, prétextant avoir horreur de ce genre de cérémonie ! Pourtant, autant que je me souvienne, il a toujours été présent aux communions de ses neveux, des enfants de nos amis ... Que cache encore cette mauvaise volonté, alors que sa fille aurait aimé qu'il soit présent ?
Il a décidé d'organiser le repas de communion à la maison, ce qui est étonnant, car d'ordinaire, il aurait préféré un repas au restaurant et moins de soucis matériels. De ce fait, il estime devoir rester à la maison...et se fait aider par la femme de ménage que je ne connais pratiquement pas. Quelle est cette nouvelle lubie, dont il ne veux pas démordre ?
A la sortie de la messe, je croise Anne-Claude, la meilleure copine de ma fille, et ses parents. Le couple s'étonne de l'absence de mon époux et je suis loin d'imaginer les relations extra conjugales entretenues un temps avec la mère de cette petite camarade, liaison qu'il me jettera à la figure lors de notre divorce. J'ai compris, dès lors, les raisons de son absence... c'est lamentable !
A Rozay, nos invités sont tous là : sa soeur et Pierre son nouveau compagnon ; Jeff et Dina des amis ; mes parents ; ma belle mère. Pour une fois, mon époux est gai, affable, ce que je trouve exceptionnel. J'ai apprécié sa bonne humeur, que je mets sur le compte de Jeff, un joyeux luron toujours prêt à blaguer. Nos amis, Marcel et Simone sont absents, cette dernière ayant été hospitalisée pour un problème grave de santé.
Bref, la journée s'annonce sympathique, il fait beau. Tous sont présents un verre à la main. Ils parlent, ils rient, contents d'être ensemble. Rigolard, mon mari blague, mais je soupçonne, pourtant, chez lui, un rire légèrement forcé, un petit quelque chose de contraint, comme s'il voulait, forcément, qu'il y ait de l'ambiance. A plusieurs reprises, je l'observe, discutant et s'affairant à la cuisine, jovial, avec la femme de ménage recrutée par lui, à qui il lançe des coups d'oeil en douce, des sourires en diagonale...
Curieux ! mais je crois que je ne voulais rien voir, et surtout : ne pas me poser de question !
La journée s'étire doucement, nous sommes en fin d'après-midi. Soudain, mon mari change brusquement de comportement. Il devient irritable, hargneux, agressif dans le ton, puis bagarreur. Il donne des coups de poings dans les murs. Jeff tente de le calmer, il parvient à le faire sortir sur la terrasse, veut l'emmener faire un tour dans le jardin. Mais, mon époux continue à cogner dans les gouttières, qu'il cabosse, dans les troncs d'arbres sur lesquels il s'écorche les poings. Il est, soudain, surexcité, dangereux, j'ai comme l'impression qu'il disjoncte.
Le charme de ce début de soirée est rompu. Nos amis, nos parents n'ont plus envie de parler mais de partir, et tout de suite. Ils désertent, les lâcheurs et me laissent seule avec lui. J'ai une boule au creux de l'estomac, les tripes vrillées. Je me tais, inutile de l'énerver davantage au risque de déclencher sa fureur.
Je vais, au fil des mois, apprendre à avoir peur de lui, car voilà quelques temps, déjà, qu'il se comporte ainsi. Il développe probablement une maladie, une instabilité, mais aussi il boit trop et j'en devine la dangerosité. Il y a de la hargne, du conflit, du règlement de compte dans son comportement. L'alcool n'explique pas tout. Il cherche, de plus en plus souvent, des histoires à tout propos, voulant déclencher des bagarres au moindre prétexte avec le premier venu, histoire de se "défouler".
Progressivement et après plusieurs incidents du même type, nos amis nous éviteront et refuseront nos invitations, car mon époux est ingérable, odieux. Finies les réunions amicales, les sorties au restaurant entre amis. Au fil des années, je vais être de plus en plus seule face à lui. Il m'isolait.
Buveur, coureur, paranoïaque et dangereux, c'est vraiment insuffisant pour entretenir l'amour dans un foyer.
les "bons copains"
Du coté des très bons copains de mon époux, j'apprécie deux hommes : Jeff et Raymond-Claude. De tempérament bien différent, car ils ne se laissent pas impressionner par les excès et les humeurs belliqueuses de mon époux, bien au contraire. Ils essayent toujours de désamorcer ses sautes d'humeur ou ses coups de folies qui me traumatisent, à contrario de Marcel qui, lui, se fait toujours un malin plaisir d'attiser les querelles. D'ailleurs, on le surnommera "Satanas".
Ni Jeff ni Raymond-Claude ne craignent la violence de mon mari, car grands et solides, il ne leur cherche jamais d'histoire. Il semble leur faire une confiance absolue, ce en quoi il a tort, car moi qui a déjà vu le loup, je vois bien dans leurs yeux leur désir d'en croquer...
Aussi, revenant de je ne sais où, mon mari me trouve bavardant avec l'un d'eux, autour d'un verre, l'été sur la terrasse au soleil, l'hiver au coin du feu près de la cheminée. On bavarde de ces petits riens qui font la vie douce : un potin par çi, un conseil par là, un événement familial ou politique, on se plaint, on parle de ce que l'on va manger à midi... Jamais, il n'aura un mot, un regard de jalousie... et pourtant ! J'étais trop seule, trop délaissée, trop amère pour ne pas accepter un peu d'amitié, de tendresse et de réconfort.
Commercial intelligent et roublard, mais chômeur, Jeff marié à Dina une jolie roumaine, est trop gai luron, trop coureur, pour que je m'y arrête. Par contre, Raymond-Claude m'attire et par son style, sa gentillesse, me fait penser à Claude mon amour de jeunesse. De même profession que celle de mon époux, la serrurerie, il a réussi à monter une affaire en banlieue parisienne qui marche très bien (comme quoi, réussir n'est pas impossible). Il aime les grandes chasses en Afrique et revient effaré de la grande misère africaine, ne supportant pas de voir les enfants manger les fourmis et les mouches en guise de seul repas. Généreux, il en adopte deux, le frère et la soeur, qu'il ramène en France et qu'il va élever et scolariser comme les siens.
Françoise sa femme nous garde à distance ou bien à cause de mon mari qui est invivable en société, ou parce que son époux s'intéresse un peu trop à moi. Nous éprouvons, en effet, l'un envers l'autre, une tendre amitié que nous ne voulons pas trop laisser dégénérer vers des sentiments plus intimes que nous n'arrivons guère à maîtriser. Par peur aussi des conséquences toujours fâcheuses, telle une maternité accidentelle car la pilule n'existe pas, l'avortement légalisé non plus et ceci risquerait de se terminer, comme souvent en ces temps là, de façon clandestine, dans les pires conditions, à l'aide d'une aiguille à tricoter sur une table de cuisine !
Je l'ai croisé une dernière fois, alors que nous sommes, mon mari et moi, en pleine séparation. Je suis en larmes car ma maison est vendue et il sait à quel point j'ai tenté de sauver ce mariage malgré le caractère exécrable de mon époux. Il faut tourner la page définitivement, même si, tentant de me consoler en me serrant dans ses bras une dernière fois, il va m'affirmer que je n'ai plus grand chose à perdre désormais !!
Jeff divorce de Dina, vend sa jolie fermette, part s'installer sur Paris où il reprend un bar. Nous le reverrons une dernière fois, venant en moto nous présenter sa toute nouvelle et jeune conquête de vingt ans sa cadette. Raymond-Claude va décéder brutalement bien trop tôt et ce sera, pour moi, un choc très douloureux lorsque j'en serai informée bien des années plus tard..
1974 : Une soirée entre "amis"
Nous sommes invités à une soirée chez le vétérinaire. C'est lui qui soigne nos chiens, nos chats et les chevaux du club équestre où notre fille fait de l'équitation tous les week-ends et où moi-même je participe de temps à autre. Un club de campagne sans prétention à quelques kilomètres de Rozay. L'ambiance est conviviale et sympathique. Il est facile d'être à l'aise car nous connaissons tout le monde. On peut y côtoyer le médecin, le Maire, rien de bien impressionnant. Nos amis Marcel et Simone sont de la fête, ce qui suppose une soirée amicale et plaisante.
Pourtant, à peine arrivés, mon époux s'énerve. Il parle fort, cherche une "victime" sur qui déverser son humeur belliqueuse. La provocation, il adore ça, il s'y trouve comme un poisson dans l'eau. Au besoin, il en rajoute.. Je suis atterrée. Il roule des épaules, joue au coq de village. Il a décidé de "faire son cirque". J'ai honte pour lui, pour moi.
On tente bien de le calmer, en vain. Mon époux veut écraser son mégot sur le crâne, lisse comme une boule de billard, d'un invité assis devant lui dans un fauteuil, sous prétexte que sa tête ne lui revient pas. Pourtant, il s'agit du patron d'une petite entreprise de la ville que nous connaissons bien. On arrive, non sans difficulté, à le faire sortir dans le jardin, puis à le persuader de quitter les lieux.
Rentrés à la maison sans un mot, je reste silencieuse car il n'est pas question, pour moi, de le raisonner dans l'immédiat, encore moins de lui faire des reproches. J'ai trop peur de ses réactions. Pourtant, je ne suis pas au bout de mes surprises car petit à petit il deviendra imprévisible, dangereux, outrancier. Ce n'est pas juste de la provocation, il cherche les coups de poings et la bagarre à qui ose seulement le regarder, le contredire, lui tenir tête.
Lui dire de se calmer, c'est aboyer à la lune !
Il va alterner, de plus en plus souvent, périodes de calme et de violence, dont je ferai parfois les frais. Je pense, qu'incapable de réussir dans la vie, il est jaloux des autres, de moi probablement, ce qui développe chez lui de la paranoïa, et l'alcool n'arrange pas son comportement.
Le Notaire
Jean-Louis est un copain de Jeff et il est notaire. Souvent seul le samedi dans sa maison de campagne --car sa femme, pharmacienne, travaille--, il lui arrive de passer à la maison avec Jeff pour prendre l'apéritif. Jusqu'à présent, mon mari semble le tolérer.
Ange, un Corse, à la réputation un peu trouble, vraie ou supposée, propriétaire de l'auberge "St Nicolas" vient d'ouvrir, un restaurant réputé et nous y déjeunons de temps à autre. Dans son bar, on peut côtoyer, à l'occasion, des filles et des mauvais garçons. Du moins, ce sont les rumeurs qui courent dans le bourg.
Or, mon mari m'annonce avoir invité à dîner ses trois copains : Jeff, Jean-Louis et Ange, tous célibataires, ce soir là.
Drôle d'idée et cela me laisse dubitative...
Pendant toute la soirée, mon époux est grinçant, sarcastique, envoyant des petites phrases assassines, lui l'expert en zizanie. Puis, changeant de tactique il fait le candide, à la limite de la niaiserie. Je vois son regard machiavélique, j'entends ses propos blessants essayant de faire passer le Notaire pour un sot, un couard. Celui-ci reste poli, lissé, tandis que Jeff tente de blaguer, de détendre l'atmosphère et de calmer le jeu. Ange, plutôt rigolard, laisse dire, laisse faire, un brin malveillant. C'est pitoyable car mon mari fait son malin pour épater Ange et il s'amuse à contrer systématiquement le notaire à tout propos. Je n'en reviens pas de cette duplicité, de cette mesquinerie, de cette bêtise. C'est un complot et dans le scénario, il tente d'abattre et humilier cet homme.
Jeff comprend rapidement le manège. Il doit faire cesser au plus vite ce jeu dangereux et je ne dis mot de peur de déclencher un drame. Ce soir là, j'ai compris que mon époux est un vicieux, un manipulateur narcissique, toujours prêt à dévaloriser les autres pour les rabaisser et tenter de les détruire. Il veut dominer, montrer sa "supériorité". Je suis écoeurée, sidérée. Je le découvre sous un nouveau jour : un pervers. La soirée tourne au cauchemar, au mauvais rêve...
La dîner est écourté, Jeff, conscient du danger, nous quitte rapidement en emmenant ses deux compères.
Une soirée chez Ange
L'auberge St Nicolas avant travaux
La fille de nos amis vient de se marier et le repas de noce a été organisé chez Ange. Quelques jours plus tard, nous décidons d'aller dîner dans son restaurant pour fêter je ne sais plus quel événement. Les patrons du garage citroën se sont joints à nous et cette soirée aurait pu être plaisante. En effet, outre la cuisine qui est excellente, l'ambiance est agréable, il y a de la musique, et l'on peut danser.
Mon époux semble se sentir à l'aise, enjoué, entouré de ses copains habituels. Il a dansé, non avec moi puisqu'il ne m'invite jamais, mais avec sa cavalière favorite, l'épouse du patron du garage, et avec une jeune femme inconnue qui dîne là, également ce soir là. De mon coté, j'ai été invitée, probablement par un copain d'Ange. J'ai apprécié ces instants où l'on se sent bien dans les bras d'un homme que l'on ne connaît pas, lorsque les corps fusionnent, que l'odeur de la peau vous trouble. Intimidée, gênée, je refuse les slows suivants craignant que mon plaisir ne se remarque et j'ai peur des réactions toujours inattendues et violentes de mon mari car j'ai remarqué son oeil noir, en coin, qui me surveille.
Mais, il est déjà tard, une ou deux heures du matin. Nos amis décident de partir et nous sommes supposés faire de même. Je pense que la soirée s'arrête là, et, comme nous avons chacun notre voiture, je sors de l'auberge alors que mon mari me précise : "j'arrive ... ".
Arrivée à la maison, l'heure passe... et mon mari ne rentre pas. Je m'inquiéte. Je connais, que trop, les multiples bagarres de mon époux pour des motifs stupides, ses crises de paranoïa à la moindre contrariété et je n'ai guère confiance en Ange, non plus. Incapable de dormir, je décide de retourner à l'auberge pour en avoir le coeur net.
Mais là, surprise, arrêt sur image..
La pénombre de la salle est totale. Je trouve mon époux amoureusement enlacé avec la jeune femme inconnue. Seuls, serrés l'un contre l'autre, elle est blottie contre lui, sa tête posée sur son épaule. Il est évident qu'il l'a draguée, à moins qu'il ne la connaisse déjà depuis longtemps. Le sol se dérobe sous mes pieds tandis qu'il pose sur moi un regard glacé, assassin. Je referme la porte doucement sans esclandre.
Je rentre à la maison, livide, écoeurée de tant de goujaterie. L'inquiétude, la peur, vont ronger mon coeur, la jalousie mordre ma raison. Mon orgueil est révolté.
Il arrive, en effet, une bonne heure plus tard, hargneux, dangereux, hurlant, vomissant sa méchanceté. Comme tous les faibles, il devient brutal, éructant des mots grossiers, rageurs.
Mais les mots assassins lancés pour blesser peuvent tuer !
Il m'interdit "de l'espionner", moi qui, en réalité, me suis inquiétée. Je n'ai pas imaginé, un instant, qu'il puisse draguer une de ces filles à la réputation douteuse, qu'on peut côtoyer dans ce bar comme le laisse entendre la rumeur qui coure dans le bourg. Je comprends, enfin, son enthousiasme à l'idée de cette soirée chez Ange.
Il n'aura pas un geste pour m'apaiser, un mot pour sécher mes larmes et je vais vivre une nuit d'insomnie coupée de pleurs blottie dans un coin du lit. Je le hais de m'humilier de la sorte. La violence est devenue sa seule façon de parler. C'est devenu invivable.
Je serai plusieurs jours sans lui parler. Il sera un peu plus distant que d'habitude. Comme toujours, derrière cette mauvaise humeur rancunière, il y a une femme. Je suis sûre qu'il va la revoir, car son commerce à Rozay lui donne bien des excuses. Ses visites en clientèle dans les bistrots du coin, aussi, et je ne suis pas dupe, non plus, sur ces nuits qu'il s'accorde puisqu'il ne rentre pas à Massy tous les soirs.
Le baptême
Par courtoisie, nous sommes invités au baptême du nouveau-né de Jean-Louis le notaire. Cette petite fête se déroule dans leur maison de campagne dont les travaux sont à peine terminés. C'est une belle journée, nous sommes au jardin, un vaste pré ombragé d'arbres fruitiers où les invités font connaissance.
J'ai acheté un cadeau pour la jeune maman, (de la layette et des petits chaussons de toutes les couleurs), et cette jeune femme, que nous rencontrons pour la première fois, est ravie de nous présenter son joli bébé. Jeff et Dina nous accompagnent.
Nous venons de boire une première coupe de champagne, et brusquement mon époux commence son scénario infernal comme s'il venait d'être frappé par une fléchette empoisonnée qui rend fou ! Il cherche une tête de turc à qui s'en prendre. L'assistance ne lui convient pas, ce n'est pas son milieu habituel. Les gens sont trop sérieux !
Il s'excite tout seul, donne quelques coups de poings sur les troncs d'arbres autour de lui et lance à la cantonade "regardez moi ces têtes de cons", cherchant à provoquer les hommes présents qui, n'étant pas des voyous, s'esquivent rapidement en lui tournant le dos. Chacun sent qu'un mot, un regard, une attitude peut provoquer, chez cet homme devenu fou, une colère aveugle. Certains le regardent d'un oeil inquiet et ne comprennent pas les propos de cet énervé.
La panique me gagne, j'ai les tripes vrillées, il me fait peur. Je n'ose partir craignant sa fureur, ou qu'il s'en prenne à moi comme il l'a déjà fait par le passé. Jeff, qui dieu merci, ne se laisse pas intimider, arrive à le persuader de quitter cette réunion familiale.
Mais quel complexe d'infériorité traîne-t-il derrière lui pour arriver à un tel comportement ? Caractériel, complexé, il est mal dans sa peau.
Ses délires deviennent mes cauchemars. Le plus dur, pourtant, reste à venir ...
Sur le chemin du retour, je ne dis mot. Progressivement, il se calme. Je suis atterrée car, il est fier de lui ! Il en parle comme une prouesse à nos amis et ces derniers, toujours bon public, sont habitués à ses excès. Ils s'esclaffent ensemble mais le critiquent probablement derrière son dos. Mon époux est de plus en plus agressif, violent dans ses gestes comme dans ses paroles. Il est devenu un problème pour moi. Pourtant j'ai des rêves à réaliser et il n'est pas à la hauteur de mes espérances. Aussi, progressivement je vais refuser d'être, à l'extérieur, une femme dynamique aimant un métier valorisant, tout en restant soumise à la maison comme ont pu l'être nos grands-mères ou ma belle mère.
Fillerval
Fillerval, un joli château
Mes dirigeants ont donné leur accord pour mon inscription à l'IFG. Au préalable, je dois compléter ma formation initiale car j'ai des lacunes dans certaines matières : l'informatique entre autre, ce qui est le lot de la plupart des participants de ma génération. Je dois me recycler avec des cours de rattrapage.
Les cours se déroulent dans le quartier "Etoile" à Paris, puis les locaux sont transférés quai de Grenelle, le long de la Seine, dans une de ces tours tristounettes de ce quartier futuriste voulu par le Président Pompidou.
Nous disposons d'amphithéâtres spacieux, confortables, et chaque promotion se divise en sous-groupe d'une dizaine de participants. Outre les cours magistraux de deux jours par mois, nous avons à traiter des études de cas, tout en assurant une analyse d'entreprise en fin de deuxième année. C'est lourd à gérer en plus de la vie professionnelle et il faut trouver une société acceptant un diagnostic parfois dérangeant pour la direction de la société.
Je vais côtoyer des hommes aux superbes carrières, aux antipodes de mon époux, travaillant pour la plupart d'entre eux dans les plus grands groupes industriels français ou étrangers. Certains sont très brillants et ils m'étonneront par leur passion pour les études, leur facilité apparente, leur joie de vivre en groupe. Ce sont de bons compagnons d'études, de joyeux lurons profondément machos, habitués qu'ils sont à ne travailler qu'entre hommes. Seule femme dans mon groupe, ils vont, pourtant, m'aider et m'épauler. Nous déjeunons le midi ensemble et ces "récréations", au charme excitant d'école buissonnière, sont toujours des moments agréables bien loin de mes soucis familiaux.
Richard, en sa qualité d'ancien élève a terminé sa seconde année. Il a la possibilité de compléter ce cursus en s'inscrivant à quelques séminaires de son choix. Lui aussi, me rassure, m'épaule, et j'arrive à apprivoiser ma timidité, mon stress. Ces cours, de deux ou trois jours, se déroulent à Fillerval, un joli château situé dans l'Oise, à une centaine de kilomètres au Nord de Paris. C'est la première fois que je sors du train-train quotidien et du foyer conjugal. Nous avons la possibilité de disposer de chambres agréables sur place pour y passer la nuit. Les déjeuners et les dîners sont pris en commun, ce qui tisse des liens d'amitié tout en soudant les groupes car l'ambiance est amicale et conviviale.
Mon premier séminaire est orienté sur les plans de trésorerie, tandis que Richard participe dans un autre groupe, à je ne sais plus quel autre thème. Malgré l'éloignement de mon domicile, j'ai prévu de rentrer le soir à la maison, ne voulant pas laisser mon époux seul une soirée, de crainte de le contrarier.
C'est une journée de janvier sombre et glaciale. Et, ce matin là, le ciel est chargé de nuages noirs qui se bousculent. Vers midi, il tombe de gros flocons épais. A 16 heures, au moment de la pause de l'après-midi, il y a dix centimètres de neige sur les pelouses. Je me vois mal traverser Paris et ses banlieues, du Nord au Sud, pour revenir le lendemain matin à Fillerval. Je téléphone à mon époux pour l'informer que je reste sur place m'évitant, ainsi, de prendre la route par un si mauvais temps. Je n'ai pas l'habitude de tels déplacements qui demandent plus de deux heures de voiture en temps normal, le double compte tenu des conditions climatiques.
Au bout du fil, je lui trouve une drôle de voix, je suis surprise mais surtout attentive. Il s'exprime avec douceur, ses propos sont mielleux et cette fausse sincérité doit cacher quelque chose. Il insiste pour que je rentre malgré les bourrasques de neige, le verglas, la route et les embouteillages. Il veut me faire croire que je lui manque, il croit m'embobiner, me persuader. C'est un manipulateur. N'importe quel mari attentionné aurait été inquiet de savoir sa femme sur les routes par ce temps de chien, mais pas lui. A croire qu'il souhaite ma mort !
En réalité, je ne suis pas dupe, il désire, simplement, être certain de ma décision. Surtout ne pas rentrer à l'improvise. Quelle distraction extra conjugale s'est-il programmée ? C'est l'époque de la "Blondasse", à moins que cela ne soit une autre ? Je ne souhaite pas en savoir plus. Je lui confirme que je ne rentre pas. C'est la première fois, ce ne sera pas la dernière ..
Comme cela peut être sordide, parfois, une vie de couple !
*****
Après un dîner pris en commun avec mon groupe, je reste avec mes compagnons d'études à discuter quelques heures, face à l'imposante cheminée. Des bûches se consument et le feu crépite dans une lumière blonde coulant des reflets dorés sur le parquet ciré. Certains jouent aux cartes, aux tarots, au poker menteur, à la crapette, la soirée est à la détente et l'on rigole aux larmes jusqu'à s'en tenir les côtes. J'apprécie cette chaude camaraderie et les propos pertinents échangés sur toutes sortes de sujets. Un autre monde. !!
Puis Richard m'a rejointe dans ma chambre sous prétexte de me souhaiter bonne nuit, me sachant inquiète de cette décision de ne pas rentrer chez moi.
Une irrésistible envie de me réfugier dans ses bras et il est devenu mon amant. J'avais besoin de cela pour croire encore en moi, en la vie et en l'avenir.
Je n'étais pas heureuse, mais satisfaite. J'en ai assez de ce mari destructeur, violent, qui se moque de moi depuis tant d'années. Pourtant, je ne suis pas stupide, je sais aussi que Richard me chouchoute pour mieux s'implanter dans ma société. Rien n'est vraiment innocent. Nous avons chacun nos raisons. J'en ai assez d'être trahie, mal aimée, négligée.
Un neige fine, mais drue, engloutira la nuit comme pour m'isoler du reste du monde...
Dieu ou le diable avait jeté les dés.
*****
La nuit passée dans ses bras fut tendre et légère. C'est un merveilleux amant auquel il ne faut pas s'attacher. Il revendique le droit au plaisir, de jouir de la vie, des femmes, des restaurants chics, de son travail passionnant, de notre jeunesse qui s'enfuie. Il me pousse à me réaliser à travers mon métier, mes études. Il m'a consolée, aidée, persuadée et j'ai repris confiance en moi.
Nous sommes mariés tous les deux et nous ne nous jurons pas fidélité. Un serment que Richard n'a jamais du tenir, entouré qu'il est de jolies femmes, de relations flatteuses. Faut-il laisser durer cette histoire, ou n'est-ce que le désarroi et le plaisir d'une nuit ? Nous allons garder nos distances avec soin, l'un comme l'autre.
Par la suite, notre relation très épisodique reposera sur le plaisir de rencontres toujours réussies, sans engagement ni contrainte, n'entraînant pour moi, comme pour lui, aucune conséquence. Bref, il me traite en femme et reste une parenthèse agréable dans ma vie sans tendresse. Mais c'est, aussi, une aventure susceptible de cesser du jour au lendemain.
Chacun préservera sa liberté en respectant celle de l'autre. Nous nous retrouvons régulièrement pour le travail, pour déjeuner ensemble, mais aussi, très souvent, avec ses collaborateurs, et c'est lui qui m'apprendra tous les rouages de l'informatique. Il m'a mis le pied à l'étrier pour me permettre de gravir de nouvelles marches essentielles à ma carrière professionnelle.
Au fil du temps, j'avais besoin de sa présence, de sa voix, de son regard, de ses conseils. Je ne voulais pas m'attacher, dépendre de lui. Surtout, ne pas l'aimer et, ainsi, ne pas courir le risque d'être rejetée.
Trente ans après, je ne regrette rien.
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Au soir de ce premier séminaire, je suis revenue à la maison anxieuse, et je m'attendais à des reproches voire de la colère de la part de mon époux. Il n'en sera rien, il était serein, détendu, jovial, ce qui confirmait mes doutes. Il a, lui aussi, passé une bonne soirée, c'est évident. Tout en lui est codé, indéchiffrable et nous étions, à nouveau, revenus sur notre banquise conjugale.
J'étais redevenue transparente.
Juin 1974 : la vie continue
Depuis qu'il a quitté mon entreprise après l'altercation avec mon patron, mon époux est sans emploi. Il n'a qu'une idée en tête : reprendre un commerce de boissons en gros à Rozay-en-brie, le village de son enfance, le propriétaire prenant sa retraite. Mon époux ne sait dire qu'une chose "Toi, comme toujours, tu as le droit de faire ce que tu veux, moi je n'ai le droit de rien"..
Se porter en victime, c'est si facile, lui qui pourtant n'en fait qu'à sa tête et refuse toute formation. Il sous-entend, bien évidemment, mes cours à l'IFG. Mais ai-je le choix face à l'évolution de la société qui m'emploie et à l'évolution des techniques de gestion ? Faut-il prendre le risque de devenir incompétente rapidement ou, au mieux, dans quelques années ? Mais, comme j'en ai assez de ses jérémiades et, pour avoir la paix, je vais le laisser faire, et même le pousser à s'investir, puisqu'une opportunité se présente à lui.
Après les formalités signées chez le Notaire, le voilà gérant des Entrepôts rozéens ! J'ai donné mon aval et me porte garante de ses dettes éventuelles. Une folie ! Il devient, une nouvelle fois, un chat de gouttière, ne rentrant à Massy qu'un soir sur deux.
Le voilà libre et libéré. Je suppose qu'il déjeune, dîne chez sa mère et qu'il passe les nuits dans notre maison de Rozay. Va-t-il réussir dans les affaires et acquérir une notoriété qu'il semble souhaiter ? J'en doute, car cet homme qu'il faut soutenir, pousser constamment, avec une activité en dents de scie, des sautes d'humeur notoires, a-t-il la carrure d'un patron ?
Je le laisse face à ses responsabilités...
Les Entrepôts Rozéens : 1ère année
il y avait eu à Rozay, dans les années 1900, plusieurs marchands de vins en gros.
Au début de cette nouvelle "reconversion", je veux croire aux capacités commerciales de mon époux, oublier ses manques, ses fredaines, ses "nerfs", ses bêtises. Je désire le voir courageux, battant, enthousiaste, comme peuvent l'être les hommes que je côtoie à l'IFG, car j'avais désormais des points de comparaison. Il n'a plus de patron à qui rendre des comptes ni obéir, donc je le suppose "heureux" et satisfait ! Je pense, aussi, qu'il ne pourra plus jalouser ma propre réussite, ce qui me laisse le champ libre.
Au bout de quelques mois, son activité s'est rapidement relâchée, je le découvre négligent, immature voire paresseux. Jusqu'à présent, il me jette volontiers de la poudre aux yeux. Il fait "comme si", toujours très affirmatif dans ses paroles, ses décisions. Il se dit débordé, mais je suis sceptique, car le lundi, alors qu'il ne travaille pas, il passe ses journées chez ses copains, commerçants comme lui, à discuter, rigoler, au lieu de s'occuper de ses affaires, de sa comptabilité, des impayés, des remises de chèques en banque, des fournisseurs ..
Il se laisse vivre, comptant toujours sur moi pour régler les problèmes et combler les déficits de sa trésorerie. Rapidement, nous allons devoir emprunter de l'argent à mes parents et à une de ses tantes.. pour boucher les trous. Aussi, face aux livres de comptes jamais tenus, aux déclarations sociales et fiscales dont il ne veux pas s'occuper, je suis obligée d'assurer à sa place toutes les obligations administratives d'une petite entreprise. Inutile de vouloir le raisonner, sauf à le mettre de mauvaise humeur. Et je veux la paix.
Là encore, Richard me sera d'un grand secours. Il accepte de traiter informatiquement la comptabilité de mon époux à partir de bordereaux de saisie que je tiens manuellement. Il ne facturera jamais ces travaux pendant les deux années que durèrent les "Entrepôts rozéens".
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Au fil des mois, je perdrai peu à peu confiance dans mon époux qui ne fera guère d'efforts pour être performant.
Mais tout cela vient en sus de mon activité professionnelle très prenante, de mes cours à l'IFG, de ma vie familiale, et comme un problème n'arrive jamais seul, je dois m'occuper d'un nouveau contrôle fiscal dans mon entreprise, ce qui m'oblige à quitter le groupe sympathique avec lequel j'ai passé ma première année de formation. Je suis bien décidée, pourtant, à rempiler lors de la prochaine promotion afin de poursuivre la seconde année car j'ai fortement apprécié ces journées studieuses et amicales.
Août 1975 : un coup de folie
La journée est belle, le ciel d'un bleu azur piqueté de petits nuages floconneux. Il fait chaud et je suis heureuse d'être en vacances après une année de travail et plusieurs démarrages informatiques stressants : gestion des stocks, des achats, des prix de revient, des coûts de production..Avec la reprise de mes études, mon emploi du temps est bien chargé. Je suis contente de pouvoir me reposer enfin. Valérie est partie en vacances dans le midi de la France avec les deux filles Paoli. Elles se sont connues l'année précédente en colonie de vacances.
Pour les 50 ans de Marcel, nos amis ont organisé un barbecue dans leur jardin. Sont présents : le garagiste de Rozay avec sa femme, les parents de Simone, sa fille Corinne et leur gendre.
L'après midi s'achève, nous buvons une coupe de champagne pour fêter l'évènement. C'est alors que mon mari commence à faire le malin, le "le m'as-tu vu", torse nu, nerveux, frimeur. Il roule des mécaniques, bombe le torse, les muscles, pour se faire admirer. Edith, cherche la plaisanterie facile, rit trop fort, lance des oeillades à la cantonade. Marcel, comme toujours, attise la zizanie, heureux de provoquer de grosses plaisanteries où il excelle. Leurs propos me paraissent décalés, futiles, je ne suis plus en phase avec eux.
Car, je ne supporte plus, les excès de mon époux qui me tapent désormais sur les nerfs. Ses fanfaronnades qui peuvent, à tout moment, dégénérer sur une parole, un geste, un regard. Je n'ai qu'une envie, rentrer chez moi, me reposer, le laisser seul avec ses amis, à ses roucoulades, ses "roulé-boulé" imbéciles sur le gazon pour faire le pitre, son besoin de paraître, de se faire remarquer et s'affirmer. Je me lève, tout en précisant "Je rentre". Rien de plus. S'est-il senti désavoué par ces brèves paroles, ai-je lancé un regard désapprobateur, méprisant ?
Il me toise d'un air méchant. J'ai osé le défier !
Il faut traverser le hall de la maison pour récupérer ma voiture. Il arrive vers moi, furieux, brutal, le poing levé, le regard glacé, avec une expression de tueur en série.
Après le premier coup j'ai du hurler, je suis tombée sur le carrelage de l'entrée. Au sol, il me frappe à coups de pieds avec des injures de fin du monde, m'en balance un autre, et encore un autre, qui me meurtrissent les côtes. J'arrive à me relever, hagarde, mais il continue à me donner des coups de poings, de pieds dans les jambes, d'une telle violence, comme une bagarre avec un homme. Je suis à ce moment là, celle qu'il veut soumettre, abattre, à défaut de pouvoir tuer. Il extériorise toutes ses frustrations, ses rancoeurs et ses échecs.
Il est devenu fou. C'est un bourreau qui est entré dans ma vie. Je ne gémis pas, je le hais trop pour çà.
Je détale vers la porte donnant sur la rue que j'arrive à ouvrir. Il se lance à ma poursuite, me rattrape alors que je traverse la route en courant, parvint à saisir ma jupe, tire sur mon corsage qu'il déchire. Je me retrouve en petite culotte et soutien gorge au milieu de la chaussée, livide de peur et de honte. Je rattrape ma robe, me cache tant bien que mal. Il me pousse violemment contre la portière du véhicule qu'il ouvre brusquement tout en me brutalisant à coups de pieds, de poings. Il aboie de rage "Tu veux rentrer à la maison, et bien, je vais t'y mener".
Nos amis, sur le pas de leur porte, regardent le spectacle. Aucun n'intervient pour le calmer et pour me secourir. Mon époux aurait pu me tuer qu'ils n'auraient pas bougé d'un pouce. Ils ont tous peur de lui. Il démarre en trombe alors qu'il tente encore de me frapper.
L'air est empli de grenaille, mon crâne est prêt à imploser. C'est pire que la mort, il a osé !
Soudain je ne suis plus la même, je ne serai jamais plus la même. Je me demande si c'est moi, si c'est lui, si c'est nous, si c'est vrai ?
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Cinq minutes sont nécessaires pour arriver à la maison. Il ébauche un geste hésitant dans ma direction. Je recule d'un bond, terrorisée. C'est une histoire impensable, je suis entrain de m'enfuir dans le jardin comme une bête pourchassée avec des hématomes plein le corps et des lambeaux de tissus en guise de robe.
Que m'arrive-t-il, dans quelle spirale dangereuse allons nous désormais nous enliser ?
Sa colère est tombée brutalement. Je me réfugie dans la chambre de notre fille où je me suis effondrée sur le lit secouée de sanglots hystériques, ivre de peur. Il m'a rejointe et là, comme un petit garçon, il s'est mis à pleurer, à me demander pardon, à me jurer que cela ne se reproduira plus. Il ne sait pas ce qui lui a pris.
Pour moi, il n'est pas question qu'il tente d'effacer les coups par des caresses. Je reste sans bouger, tétanisée, sans parler, épuisée, sidérée par cette soudaine brutalité et par l'abondance de ses larmes. Il pleure, inverse les rôles pour que je le console. Il reste, ainsi un long moment à sangloter, à genoux contre moi. Je suis incapable de l'aider, c'est un malade, un faible. Il a besoin d'être admiré, adulé, et n'est jamais rassasié.
Et moi, je ne l'admire plus. Je ne l'aime plus.
Notre couple sombrait et ce n'est pas en me brutalisant que cela allait arranger nos rapports, nos différences. La faille entre nous ne cessait de s'élargir au fil des années. Le piège s'est refermé sur nous et je n'ai pas su décrypter, à ce moment là, le sens des coups portés : une femme habituellement trompée, une femme souvent humiliée, bien trop soumise pour qu'il ne soit pas, un jour de colère, tenté de me taper dessus à la moindre contrariété.
Il passera le reste de la soirée à la maison, tout penaud, calme et dégrisé. Sa crise de fureur passée, nous nous sommes retrouvés seuls pour le dîner. Un face à face sinistre, durant lequel le bruit des couverts tenait lieu de conversation. Dès la dernière bouchée avalée, il est allé se coucher, nous ne nous adressions plus la parole.
J'étais anéantie, brisée. Je pleurais en cachette. J'ai fini par me calmer. Pourtant, je n'étais pas prête à accepter cette maltraitance et à me coucher aux pieds de mon maître !
En réalité, mon mari a toujours eu le poing plus rapide que la pensée. Il éprouve toujours une sorte de jouissance, un sentiment de supériorité, une satisfaction personnelle à frapper quelqu'un. Sous une apparente force, l'esprit est veule, le caractère lâche, les ambitions inexistantes. C'est un faible qui n'a trouvé que cette forme de violence pour exister.
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Le lendemain de cette funeste journée, je suis sous le coup de cette scène affreuse, mais il parait l'avoir oubliée. Au cours des jours suivants, nous sommes restés à distance polie l'un de l'autre. Fidèle à lui-même, mon mari fait comme si ce qui s'est passé s'apparente à une amusante bataille de polochons. Au contraire de lui, je repasse sans cesse le film de cette dispute dans ma tête, cherchant un sens à cette explosion d'hostilité. Cette fois les choses sont allées trop loin. Plusieurs jours seront nécessaires avant de s'adresser à nouveau la parole. La vie, à la maison, reprendra pourtant cahin-caha.
Aucun de nos "bons amis" ne passera un coup de téléphone pour connaître mon état de santé, pour me consoler, me soutenir. Par discrétion ou par lâcheté ? Je ne veux plus les voir, car je les entends les rigolards, les apitoyés, les bonnes âmes, les cyniques. Je vois leurs mines, je perçois leur excitation, ça doit les amuser. Je connais d'avance leurs propos, je les ai déjà entendus dans d'autres circonstances moins graves. On vous diminue, on vous rabaisse. Mon mari passe pour un fou furieux et moi sûrement pour une demeurée.
Je suis seule à panser mes plaies, à mettre de la pommade sur mes bleus. Je claudique de douleur pendant une bonne semaine..Et quelques jours plus tard, ces mêmes "amis" s'inquiéteront, quand même, auprès de lui, pour savoir s'il m'avait tuée !
Les jours suivants passèrent avec lenteur, seule étendue sur une chaise longue, l'après-midi au soleil dans mon jardin, à essayer de survivre à cette explosion de haine.
Un jour, je lui ferai tout payer : les cris, les colères, les injures, les mots qui blessent, les coups, les goujateries... Et au prix fort. Je passerai le reste de notre vie commune à me venger de lui.
C'est la fin des vacances !! Il sera difficile de me consoler.
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Mais, en attendant, je ne suis pas prête à me laisser rouer de coups par ce mari violent susceptible de sortir de ses gonds à la moindre contrariété ou à chaque fois que j'ose émettre un avis différent du sien. A ma manière, je vais prendre mes distances avec lui, car je sens confusément que d'autres affrontements pénibles suivront fatalement. Il a toujours voulu me dominer, me rabaisser et il prend tant de plaisir à se faire craindre.
En réalité, il me veut soumise et je sais qu'il recommencera obligatoirement un jour ou l'autre. Cette blessure là n'est pas prête de se cicatriser et le souvenir des coups reçus restera douloureux, bien plus que les bleus eux mêmes. Trente ans après, je me demande comment j'ai pu vivre, encore 10 années, avec cet homme instable, querelleur, bagarreur, avant de divorcer ??
Un peu d'air, de liberté cela allait me faire du bien. Je vais m'y employer, et un autre homme me poussera à ne pas accepter l'inacceptable, à ne pas tolérer l'intolérable.
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Et, petit à petit, il m'arrivera de me rebiffer et même de plus en plus souvent. Mes seules armes seront les railleries que je lui jetterai à la figure. J'apprendrai ainsi à le "moucher" face à ses propres lacunes, ses carences dans divers domaines et Dieu sait qu'elles étaient nombreuses.
Aussi, un midi, il m'enverra une bouteille d'eau à la tête. Une autre fois, il défoncera le mur d'un violent coup de poing et nos rares soirées entre amis, alors qu'il m'accable de ses sarcasmes, deviendront des règlements de compte qui finissent de façon houleuse. C'est ainsi, qu'un soir, il retourne la table, la vaisselle, la saucière, le dîner, les boissons, sur les genoux de nos invités, car il n'admet pas la contradiction. Il ressemble de plus en plus à un dément. Et la liste de ses coups de folie s'allongera dangereusement au fil des années.
Mais, je n'ai pas envie de filer doux, courber l'échine, marcher au pas sous son commandement, éviter les éclats, sauver les apparences... J'en supporterai les conséquences !
1976 : Les entrepôts Rozéens deuxième année
La première année d'exploitation s'est soldée par un léger déficit, mon époux n'a perçu aucun revenu ce qui n'arrange pas les finances familiales. J'assure seule toutes les charges du foyer.
Cette "aventure" des Entrepôts Rozéens va durer à peine deux ans. Cela finira en véritable fiasco après une descente de la gendarmerie, puis du service des fraudes, et enfin une garde à vue d'une journée, le tout complété par un contrôle fiscal et un cambriolage organisé par quelqu'un qui lui veut sûrement du bien ! Il clôture cette affaire avec un déficit important d'environ 10000 euros, sans pourtant s'en inquiéter vraiment et, comme toujours, il me susurre "Démerdes toi, pour rembourser les dettes".
Mais, en attendant, j'ai du mal à joindre les deux bouts, je supprime la femme de ménage de Massy, je réduis les dépenses, j'espace les séances chez le coiffeur, limite ma garde-robes et j'ai du mal à régler la scolarité de notre fille. Mais mon mari ne supporte pas, non plus, le bruit de l'aspirateur qui rugit, le lave vaisselle qui ronronne. Tout cela doit se passer hors de lui.
Il faudrait être rayonnante de bonheur, attentive à ses moindres désirs, être toujours pomponnée comme un top-modèle, maquillée, disponible. Mais, est-ce possible lorsque, exténuée par le travail quotidien du bureau, il faut encore passer la serpillière, nettoyer les toilettes ou curer la poêle et la cuisinière ?
Comment fait-on lorsqu'il faut travailler cinq jours sur sept, parfois six, tenir deux maisons, assurer les courses au supermarché, s'occuper à l'occasion du jardin au printemps, tondre la pelouse, rentrer du bois pour alimenter la cheminée l'hiver ?
Seule concession de sa part, il aime cuisiner et je lui laisse bien volontiers cette prérogative, étant moi-même largement occupée par d'autres tâches, notamment les week-end, car je m'occupe de la comptabilité de son commerce. Oh, bien sûr, il consent à faire quelques petites courses : le pain, la viande chez le boucher, un dépannage chez l'épicier.
Désormais, il est devenu invivable en public, méprisant, car il affirme, moqueur, que seule sa cuisine est digne de considération. Une proclamation pour se valoriser lui-même et me rabaisser devant nos rares invités, me ridiculisant autant que possible. Il est arrogant, dédaigneux, heureux d'alimenter les débats, comme si je ne faisais rien de mes dix doigts. Cela fait rire nos amis qui ne sont pas dupes. Ils le laissent parler et moi je n'ose guère dire, encore, son fait à mon mari, mais j'ai décidé de ne pas me laisser terroriser indéfiniment.
Juin 1976
Valérie et ses copains dans notre jardin
L'été s'annonce très chaud, une canicule exceptionnelle.
Dans la lourde chaleur de ce mois de Juin, j'organise une petite fête dans notre jardin car notre fille vient d'être reçue à son brevet, ce qui va me permettre de faire connaissance avec ses copains-copines. La journée se déroule agréablement et, comme c'est un dimanche, mon mari, pour une fois, a tenu à être présent. Un fait exceptionnel.
Tous ces jeunes rient, certains disputent une partie de ping-pong endiablée, d'autres lisent des bandes dessinées ou jouent à des jeux de sociétés à l'ombre des arbres. Ils apprécient les pâtisseries et les sodas. La fête est réussie.
C'est ainsi que je fais la connaissance de Jean-François et Dominique, des jumeaux, et toute leur bande de copains. Ils ont 18 ans. Quelques uns cherchent des jobs d'été afin de se faire un peu d'argent de poche pour partir en vacances au mois d'août. Jean-François, avec son permis tout neuf en poche, se propose en remplacement du chauffeur habituel qui prend ses congés en juillet au plus fort de la canicule sans s'occuper des affaires de mon mari. Et celui-ci laisse faire. Cela tombe bien, car à défaut, je ne sais pas comment mon époux aurait pu s'organiser pour livrer ses clients. N'ayant pas son permis poids lourd, il s'est inscrit aux cours d'auto-école, mais n'étant ni assidu, ni motivé, il laissera rapidement tomber, donc dépense inutile.
Pour les autres garçons qui cherchent un job d'été, je leur propose un recrutement en juillet dans ma société. Celle-ci offre des emplois saisonniers pour décharger les camions de fruits ou travailler sur les lignes de fabrication. Les conditions de travail sont archaïques et peu rémunérées, mais ils vont découvrir le monde ouvrier, ce qui en motivera certains pour reprendre sérieusement leurs études. C'est ainsi que Sydney le cousin de ma fille, Thierry et Laurent, ses copains et bien d'autres, travailleront cet été là dans mon entreprise dans une ambiance laborieuse mais joyeuse.
L'année suivante, en attendant leur départ au service militaire, Jean-François, son CAP mécanique auto en poche, sera recruté au service entretien tandis que Dominique, avec deux années de formation comptable, sera affecté au service comptabilité. A leur retour de l'armée, ma société leur propose des C.D.I.. Jean-François démissionnera quelques années plus tard pour se marier et partira en province pour reprendre un commerce, tandis que Dominique, devenu responsable du matériel informatique, est toujours présent lorsque je prendrai ma retraite.
La douane volante
Au cours de cette seconde année des "Entrepôts rozéens", les événements vont se succéder dus aux négligences de mon époux, car cet homme s'estime au dessus des lois. Il a toujours le temps, remettant au lendemain ce qu'il doit faire impérativement le jour même. Et avec les taxes sur les alcools, cela ne badine pas. Je l'ai suffisamment mis en garde, ayant ce genre de contrainte dans mon entreprise.
Si j'attire son attention sur la gravité de ses négligences, il me tourne le dos en me traitant d'emmerdeuse. D'ailleurs, il m'en dit le moins possible et je découvre souvent ses magouilles ou ses négligences par hasard, car il n'en fait qu'à sa tête.
Ce qui devait arriver, arrivera fatalement. Il est contrôlé sur la route alors qu'il livre de l'alcool à un copain bistrot sans avoir rempli les bordereaux d'acquit fiscaux obligatoires. La brigade des douanes et les gendarmes sont à l'affût sur la route, à la recherche d'un gros trafic de camion volé chargé de Ricard et mon époux est immédiatement arrêté. Escorté par les motards, son entrepôt est perquisitionné. Gardé à vue par des gendarmes pas du tout conciliants, mains en l'air comme pour l'arrestation d'un gangster, il subit un contrôle des stocks à l'improvise et un interrogatoire musclé. Une journée sous haute surveillance et des ennuis qu'il a bien cherchés ! Ils s'aperçoivent rapidement qu'il n'est pour rien dans cette affaire de camion volé, mais, l'infraction existe bel et bien cependant.
Cet incident provoque, dans la foulée, un contrôle fiscal inopiné des contributions directes, sans préavis, ce qui est inusité. Mais, incapable de répondre aux questions du contrôleur, il se décharge immédiatement sur moi. Selon lui, il assure juste un rôle purement commercial. Pour le reste, il doit me rencontrer. Facile comme explication. Il m'a refilé le bébé !
Merci du cadeau !
Aucun délai n'est accordé, je dois être présente, dès le lendemain matin à Rozay, avec tous les livres comptables. Je n'ai pas le choix et je prends une journée de congés dans mon entreprise pour répondre à cet impératif.
Heureusement, je suis vigilante et j'ai suffisamment de discussions orageuses avec mon mari pour arriver à équilibrer les comptes. Aucune irrégularité n'ayant été remarquée, ce contrôle finit sans aucun redressement. Par contre, il faut régler une forte amende pour son infraction à la législation sur les alcools, et cela n'arrange pas nos finances !
Le cambriolage
Pendant l'hiver, seules les ventes de fuel assurent un semblant d'activité et le chauffeur effectue les livraisons avec le camion citerne, les ventes de boissons se faisant rares. Mon mari reste seul toute la journée à attendre d'hypothétiques coups de téléphone, ou des commandes, dans un local vétuste, sombre, situé dans une vaste cour derrière de grands murs. Son bureau est mal chauffé, tristounet, avec des meubles d'une autre époque. L'hiver c'est sinistre. Seul un chat errant qu'il a adopté et qu'il nourrit, lui tient compagnie.
Aussi, pour meubler ses journées, il lui vient à l'idée de cimenter le sol d'un hangar qui ne possède qu'une porte coulissante sans verrou pour entreposer les boissons et les alcools, précédemment stockés, sous clé, dans un petit local en retrait au fond de la cour. Je le met en garde contre des vols probables, d'autant que j'ai remarqué des manquants sur le stock de fuel. Mais, bien évidemment, comme d'habitude, il poursuit son idée, car c'est un entété, récalcitrant à toute sage suggestion. Il ne se soucie guère des dangers provoqués par une telle décision.
Trop souvent absent de son commerce, il ne contrôle rien et laisse les affaires aller à vau-l'eau. De la même manière, les caisses vides de bière ou d'eau s'entassent dans la cour au lieu d'être rendues aux fournisseurs pour être déconsignées, ce qui pénalise lourdement la trésorerie.
Puis, c'est la cerise sur le gâteau !
Un matin, mon époux me téléphone à mon bureau. Au son de sa voix je sens bien que rien ne va plus. Son entrepôt a été cambriolé dans la nuit. Les voleurs ont escaladé le mur d'enceinte et un grillage mal fixé ne le a pas arrêtés. Ils ont dévalisé tout le stock d'alcools, d'apéritifs et de vins fins. Une catastrophe, mais cela n'est pas arrivé par hasard. C'est la conséquence de trop de bavardages, de copinages, de négligences, de portes non cadenassées. Le voleur n'est pas loin et il est connu..
Sous le choc je n'ose penser aux conséquences financières. Mais curieusement, la pression qui m'oppresse s'apaise. C'est la fin de ce cauchemar. Je suis contente d'en finir, même si financièrement je sais que ce sera difficile pour nous. Une page est de nouveau tournée.
Cet homme qui ne veut surtout pas de contrainte, ment, triche, défie, et a engagé contre son propre destin une inutile partie de bras de fer.
L'inventaire effectué les jours suivants laisse apparaître l'ampleur du désastre car il faut régler, en sus, les droits sur les alcools volés. Cet homme fantasque, roublard, bavard, frimeur, ne voulant pas de responsabilités, ne pouvait pas devenir, comme par miracle, un gérant de société bosseur et avisé. C'était la faillite assurée.
Nous sommes début septembre, nous décidons l'arrêt définitif de ce commerce.
Mon époux se retrouve, de nouveau, sans travail, sans indemnité chômage, avec un découvert abyssal à la banque.. A moi de me débrouiller pour équilibrer les comptes, l'actif et le passif, car il ne se préoccupe pas, non plus, du remboursement de ses dettes.
Cela n'a pas l'air de le tracasser outre mesure ou il le cache bien.
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Rapidement, j'apprécie d'avoir moins de travail le soir, le week-end. Je peux enfin profiter de mes vacances, je peux souffler. Ne plus tenir sa comptabilité, ne plus subir de discussions grinçantes face aux incohérences de sa gestion. Quel soulagement !
J'ai repris mes cours à l'IFG avec beaucoup plus de sérénité. J'aspire à la promotion, aux salaires confortables, seuls moyens pour sortir de l'enfer de mon mariage raté. Mon avenir se trouve entre mes mains. Je commence à tracer ma route, à réussir pleinement ma vie professionnelle et je découvre une autre vie plus valorisante.
Je savais pertinemment qu'un jour ou l'autre je partirai.., mais pas n'importe comment.
J'avais le goût de la revanche, celle qu'on mijote tous les jours, des mois, des années...
dans notre jardin
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