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1972 - Massy : Daniel, Valérie, Eliane,

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1965/1972

Les hippies partent pour Katmandou et lancent le mythique "Peace and Love" ; La guerre du Vietnam est de plus en plus contestée ; Le premier homme marche sur la Lune ; Le premier choc pétrolier ; La fin des "trente glorieuses" ; A Paris, s'affiche l'insolent "il est interdit d'interdire" !

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1965 - Montrouge, le big bang..

Un coup de tonnerre ébranle la société qui m'emploie depuis deux ans : elle est expropriée de Montrouge. L'école dentaire viendra, quelques années plus tard, s'implanter à la place des bâtiments vétustes datant du siècle dernier. La politique gouvernementale de l'époque préconise le départ "à la campagne" des usines implantées en proche banlieue parisienne.... et comme l'activité principale est la confiturerie, c'est la délocalisation dans le Loir-et-Cher qui est imposée, c'est-à-dire là où se trouvent les producteurs de fraises !

Et pourquoi pas en Roumanie et dans les pays de l'Est d'où viendront, quelques années plus tard, les camions "Romana" remplis de fruits des coopératives locales, cueillis par une population misérable et exploitée par un régime corrompu ?

Mes dirigeants sont attérés et foudroyés sur place et moi avec, car je tiens à mon emploi. Reste pour eux à relever le défi, ce qui n'est pas une mince affaire. Il va falloir obtenir une dérogation auprès du Ministère de l'équipement. Puis marchander à la hausse les indemnités d'expropriation et trouver des capitaux pour se réinstaller si possible en grande banlieue parisienne. Il faudra, ensuite, acheter le terrain adéquat et édifier une usine moderne employant une forte main-d'oeuvre saisonnière, tout en organisant le transfert des cadres et du personnel permanent qu'il faut reloger.

Enfin, viendra le temps du déménagement des stocks, des équipements et des matériels.

tout cela, ce n'est pas une mince affaire !!

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Trois années vont s'écouler avant de se réinstaller à Massy dans l'Essonne sur un terrain de trois hectares.

Et comme un souci n'arrive jamais seul, je vais connaître le premier contrôle fiscal de ma société, et il sera gratiné. Rien ne me sera épargné, pas même la perquisition, car la société est accusée de faire des "ventes au noir". Aussi, après bien des aléas comptables qui m'occupent jour et nuit, cette vérification se termine au mieux pour les intérêts de mes dirigeants, ce qui me permet de toucher une prime exceptionnelle importante, que mon époux s'empresse d'investir immédiatement dans l'achat d'une voiture, une Panhard sport d'un rouge flamboyant..

Pour compléter ce marasme, nous apprenons, peu de temps après, que l'entreprise où travaille mon époux, la Compagnie Générale de Radiologie à Issy-les-Moulineaux, est également expropriée. Leur "délocalisation" est prévue dans le nord-est parisien, à l'opposé de l'Essonne. Aussi, se pose pour moi très vite un dilemme : faut-il suivre mon entreprise ou la sienne ?

Or, si j'accepte la proposition de ma société, je serai promue agent de maîtrise avec une rémunération bien supérieure, et relogée dans un immeuble neuf de meilleur confort. Ainsi, les perspectives d'avenir que m'offrent mes dirigeants me permettent d'envisager une évolution de carrière intéressante et une indépendance financière à court terme. Celle de mon époux n'offre rien de similaire, sa situation ne doit pas être suffisamment significative ou indispensable aux yeux de sa hiérarchie, mais je ne l'empêche pas de prendre seul sa décision. La mienne est prise.

En fait, mon job me convient parfaitement car tout est à réinventer, à réorganiser, et la femme de mon PDG, obligée de s'occuper des dossiers de l'expropriation, m'abandonne, au fur et à mesure, les travaux courants dont elle s'occupait jusqu'à présent. Je suis motivée, et ne veux pas laisser passer cette chance, consciente qu'elle ne se représentera pas une seconde fois.

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Valérie

Entre temps et en attendant ce transfert, je vais redescendre de mon nuage et perdre toutes mes illusions peu à peu. Les promesses de mon époux de changer de comportement à mon égard, d'accepter de partir en vacances, de cesser, pour moi, les éternels dimanches chez sa mère, et avec les copains pour lui, s'avèrent être un nuage de fumée sans lendemain. Sa vraie nature et son indifférence reprennent toujours le dessus, tempérées par sa crainte de perdre ce qu'il appellera plus tard, lors de notre divorce, "des avantages acquis".

C'est décidé, je suivrai la délocalisation de mon entreprise. Je parle, à nouveau, de séparation et lui laisse le logement de Bagneux pour emménager seule à Massy. Cette opportunité dans ma vie professionnelle pouvait permettre de nous séparer sans trop nous déchirer. Je ne lui demande rien, pas de pension alimentaire, juste son accord de principe pour élèver seule notre fille en étant séparée de lui.

Je voulais une autre vie, retrouver les plaisirs de Paris et des vacances au soleil, mais les événements vont en décider autrement.

 

Mai 1968

"Les réformes, oui, la chienlit, non", déclare de Gaulle.

Joli mois de Mai, fais ce qu'il te plait et Cohn-Bendit se retrouve sur la scène politique !.

 

Massy

La révolte éclate comme un feu d'artifice. La crise est née à Nanterre d'une poignée d'étudiants qui demandent plus de mixité entre filles et garçons ! Quelle belle cause, j'en reste médusée. Dans la foulée du printemps, la révolte va se propager comme une trainée de poudre au Quartier latin. D'abord par jeu, les étudiants et Dany le Rouge l'idole de la jeunesse, notre Che Guévara national, décident de défier les forces de police.

Bientôt les professeurs rejoignent les enseignants en grève et les cours sont interrompus.

Sur les murs fleurissent de nouveaux slogans "il est interdit d'interdire" !

La France s'est transformée peu à peu depuis les années 50 ... et Mai 68 en est la conclusion. Les étudiants sèment une flamboyante pagaille et cette année là, 99 % des candidats de terminale obtiennent le baccalauréat, un bac au rabais ! Les professeurs cessent de porter la cravate et s'habillent en jean comme leurs élèves. Tous, veulent une société plus rigolote, plus ouverte, plus idéaliste, plus égalitaire et se débarrasser du vieux Général qui représente l'autorité d'une génération passée.

Les ouvriers, comme un volcan endormi, s'interrogent à leur tour. ah, bon ! Puis, d'un coup c'est la panique complète. Les syndicats appellent à cesser le travail.

Dans Paris, les arbres sont abattus et les voitures incendiées.. les usines ferment les unes après les autres. Les ouvriers, les piquets de grève et les étudiants vont bloquer les usines, les lycées et les facs. La jeunesse conteste la société dite de consommation et les ouvriers veulent une augmentation des salaires. Il règne une ambiance d'insurrection révolutionnaire.

La France se trouve paralysée, De Gaulle parle de "chienlit".

Inculte en politique, j'essaie de comprendre ceux qui affirment que la France est une dictature, une république bananière, presque un goulag ! En attendant, les pompes à essence sont à sec, les super marchés non approvisionnés. Cependant Johnny Hallyday et Mireille Mathieu ne semblent pas des martyrs, ils continuent à chanter car c'est l'époque "yé-yé" dans "Salut les copains".

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Le déménagement de l'usine de Montrouge, vers celle toute neuve de Massy, se déroule pendant les troubles de mai 68. L'entreprise s'installe en plein champs, au milieu des salades et des cultures maraîchères sur ce qui deviendra, bien des années plus tard, la zone industrielle de Champlan, loin de celle de Massy et de la station RER. On met le drapeau rouge sur le toit des bâtiments tout neufs pour tenter de calmer quelques excités.

Mais l'ambiance est à la violence.

Les journées passent. Personne ne sait comment les événements vont tourner. Pensant à une nouvelle révolution, le Général De Gaulle disparaît. Il consulte discrètement l'armée. Il ne manque plus que les chars d'assaut dans les rues.

Mon époux rêve d'être rappelé dans les paras et de sauter sur Paris, comme il a failli le faire en mai 1958 lors du retour de De Gaulle au pouvoir !!!

Je ne me sens guère concernée par ce qui se passe, ni par les idées de l'extrême gauche, mais la violence, la haine des agitateurs me font peur. L'entreprise emploie de nombreuses femmes survoltées et mes dirigeants sont obligés d'appeler la police à la rescousse pour tenter de calmer les émeutiers venus jusqu'aux portes des ateliers pour faire cesser le travail et, avec des chaînes, cadenasser les grilles de l'usine.

C'est la panique. Le car de police a rebroussé chemin de peur d'être pris à partie et saccagé !

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Les accords de Grenelle vont donner satisfaction aux ouvriers en augmentant de 35 % le SMIG horaire. Mais, plutôt que d'avoir à payer des salaires aussi exorbitants, beaucoup de patrons font le calcul avec leur crayon bic. Ils comprennent très vite qu'ils peuvent remplacer 20 ouvriers par une machine qui, elle, n'impose pas de charges sociales et ne fait jamais grève.

Ce sera la fin d'une époque révolue, le début de la mécanisation et la modernisation à outrance de l'entreprise, ce qui va se traduire par le licenciement puis la mise au chômage d'un grand nombre de salariés. L'informatique videra les bureaux de la majorité des employés, dactylos, secrétaires, aide-comptables .... et la robotisation des lignes de fabrication supprimera la quasi totalité des ouvriers. Ces phénomènes vont s'accélérer dans les années qui suivront. C'est la fin des multiples hiérarchies : suppression des chefs d'équipe, contremaîtres, petits chefs, responsables de tout et de rien, tandis que le service entretien est sous-traité à l'extérieur.

Les "plans sociaux" vont se succéder les uns après les autres, d'année en année, avec de vrais motifs ou, parfois, de plus fallacieux pour les récalcitrants. Je vais en connaître toutes les ficelles et le dessous des cartes. La mise en oeuvre de la formation professionnelle pour tenter de reconvertir les salariés, à quelques exceptions près, est un quasi échec. Le niveau scolaire est souvent insuffisant et personne ne veut se remettre valablement en question afin d'évoluer vers un autre emploi plus valorisant.

C'est inévitablement des chômeurs de longue durée en perspective et, malheureusement, programmés de façon inéluctable.

Mai 68 apporte bien des changements à tous les niveaux et modifie aussi les mentalités.

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à gauche de la route, les champs Vilmorin

Comme prévu, j'obtiens un logement de quatre pièces, avec tout le confort nécessaire. Il est situé dans un petit immeuble neuf, implanté dans un quartier pavillonnaire, face à la gare SNCF de Massy-Palaiseau. Un boulanger, un tabac, une supérette sont à proximité. Paris, et la station de métro "Châtelet", à 15 minutes par le RER.

Les fenêtres de ce nouvel appartement, très lumineux, donnent sur les vastes champs de la société Vilmorin, les graines de fleurs et de légumes. C'est presque la campagne, loin des barres d'immeubles où s'entasseront les immigrés quelques années plus tard. Les champs fleuris deviendront, au fil des années, un vaste terrain vague, Vilmorin les cédera à la Mairie qui, trente ans plus tard fera construire des immeubles face à la nouvelle gare TGV.. Dans l'immédiat, c'est tranquille.

Nous avons convenu, mon mari et moi, de nous séparer et j'ai mis le bail à mon nom. Notre couple bat de l'aile car cet homme ne m'aime pas, malgré tout l'amour que j'ai tenté de lui donner. J'ai vingt huit ans, acquis la conviction qu'il ne changera jamais et n'évoluera pas. Je veux repartir à zéro, tourner la page, envisager une autre vie plus attrayante, plus conforme à mes aspirations..

Ainsi, nos routes auraient pu s'arrêter là, cela aurait été plus sage.

Hélas, il n'allait pas en être ainsi.

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Mon époux est en chômage, car la grève générale et ses piquets paralysent son entreprise, contrairement à la mienne qui fonctionne tant bien que mal. Jean-Paul Sartre, perché sur un tonneau, harangue la foule d'ouvriers de son usine, face aux grilles résolument fermées.

Inquiet, mon mari se montre vulnérable, immature, suppliant. Ne travaillant pas, il va m'aider pour mon déménagement, jouer à la nounou, en gardant provisoirement notre fille que j'ai scolarisée dans une école communale du quartier où les instituteurs suivent les directives syndicales portées à la solidarité envers les grévistes. Aussi, en attendant que les arrêts de travail cessent dans son usine, mon mari apprend à notre bout de chou à faire du vélo et va la chercher à l'école.

Cependant, une fois installée dans ce nouvel appartement et alors qu'il est toujours sans travail donc sans ressources, je n'ai plus la force de lui barrer ma porte, je ne l'ai pas renvoyé. Il a su se montrer gentil quelques temps et j'ai cédé devant ses fausses promesses. J'ai espéré, voulu croire, contre toute évidence, qu'il était attaché à moi, et moi à lui. Je suis seule à faire bouillir la marmite familiale pendant ces quelques mois où il ne travaille pas. Nos rôles sont inversés.

Puis, avec le soleil, les étudiants rentrèrent chez eux. La "révolution" s'épuisait et Renault rouvrira ses portes sur l'île Seguin dans un "ouf" de soulagement général.

Le grand charivari est fini, le mois d'Août pointe son nez et les Français partent tranquillement à la plage, au bord de mer, pour oublier tout le stress de ce printemps survolté.

En septembre tout le monde reprit le boulot.

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J'ai compris, bien trop tardivement, que j'avais épousé un manipulateur, doublé d'un homme sans conviction et j'ai été bernée par ses fausses promesses, car il est capable de tout pour arriver à ses fins.. Rapidement, il y aura des éclats de colère, des excès de langage, et quelques années plus tard des violences physiques. Il voulait se venger de moi d'avoir voulu le quitter. Mais les mots tuent et les plaies seront longues à se refermer. De ces blessures béantes s'évanouira l'amour que je lui portais, cet amour qui s'entêtait à ne pas vouloir mourir.

 

Novembre 1968 : un rêve...

Ma situation financière s'étant améliorée considérablement, je fais le projet d'acquérir un appartement, ou mieux un pavillon, pour ne pas rester en location, ce qui, en principe, est le rêve de chaque jeune couple. Mais mon époux ne veux aucune contrainte, étant contre toute nouveauté. C'est donc, de sa part, un "non" catégorique. Il n'a pas d'ambition, j'en aurai pour deux.

Aussi, à défaut d'investir sur les communes proches de Massy, puisqu'il y met son véto, j'ai vite caressé le rêve d'avoir une résidence secondaire à Rozay pour ne plus passer ni mes week-ends ni mes vacances chez ma belle mère. Je crois, à tort, qu'il va s'intéresser à un tel projet, et j'ai la prétention de soustraire mon conjoint à toute sa bande de copains.

Orgueil, vanité, car avec lui, je suis toujours à coté de la réalité. Je le crois toujours meilleur qu'il n'est.

Or, en Seine-et-Marne, à une petite heure de route de la capitale, il est possible, à cette époque là, d'investir à bon prix dans de petites fermes ou des maisonnettes à restaurer. Je cherche et trouve, à diverses reprises, de charmantes fermettes nécessitant quelques travaux et pouvant devenir de jolies résidences secondaires.

Il va prétexter sans cesse de multiples problèmes pour me faire renoncer à un tel achat. La guérilla recommence entre nous. Il va céder, car j'ai mis un ultimatum : c'est la séparation ou la maison. J'obtiens, enfin, l'accord de mon époux pour l'achat d'un terrain situé à la sortie du village de son enfance : à Rozay-en-Brie, son fief. L'acte d'achat sera signé en novembre 68 chez le Notaire Maître Delechat, de Fontenay-Trésigny. Voilà déjà dix ans que nous sommes mariés !

L'année suivante, j'arrive à le persuader de faire construire une maison de cinq pièces, toute simple, de plein pied, entourée d'un jardin, aménagé avec goût grâce à une relation qui travaille chez un grand paysagiste parisien.

Lorsque nous divorcerons, quinze années plus tard, mon mari appellera cette demeure, suivant son humeur, "ma folie des grandeurs" ou "ma maison de merde" ! Quoiqu'il en soit, il est incapable de m'en offrir une autre ! Ces paroles ne sont faites que pour me blesser car il sait combien j'y suis attachée. Il ne s'est jamais investi vraiment dans ce projet, et ce n'est pas grâce à ses revenus en dents de scie, mais aux miens, qu'il bénéficiera, quelques années plus tard, de la moitié du prix de la vente puisque nous sommes mariés sous le régime de la communauté.

 

1969

Pour répondre aux aspirations du pays après mai 68, De Gaulle proposera la régionalisation. Il y croyait, cela permettrait une décentralisation qui accorderait davantage de pouvoirs aux élus des vingt et une régions crées en 1964. Dans les entreprises, une politique de participation voyait le jour afin d'associer les salariés aux bénéfices.
Tout ceci fut soumis aux Français par référendum. Les Français répondirent "NON", et De Gaulle, qui s'y était engagé, se retirera à Colombey-les-deux-Eglises.

Son Premier ministre, Georges Pompidou deviendra Président le 15 juin 1969. La succession ne sera pas facile.

 

Petits flirts, vrais et faux amis

Simone, Eliane

Après notre semblant de réconciliation, mon mari a consenti à quelques concessions en allant au cinéma sur Paris, car c'est l'époque des westerns "spaghettis".

Mais nous allons retomber rapidement dans la routine : les éternels dimanches autour de la table familiale chez ma belle-mère. Cependant, depuis l'épisode des remorques à bateau et de la fille du dentiste, j'ai pris l'habitude de m'évader un peu en allant chez une amie d'enfance de ma belle soeur, jolie femme amicale et sympathique. J'aime sa maison décorée avec soin. Elle me prête des livres, m'apprend à broder, tout en papotant, ce qui comble mes heures de solitude.

Son mari est un joyeux luron, toujours prêt à blaguer et à draguer. Il devient vite copain avec mon époux, n'est pas bagarreur comme lui mais aime attiser les querelles, mettre sciemment de l'huile sur le feu..Nous nous retrouvons l'été, le temps du week-end, pour des barbecues dans leur jardin, l'hiver, à diner devant un feu de bois, ou encore à partager un verre, danser un slow, en écoutant de la musique dont ils raffolent.

Le cercle s'est élargi : ma belle soeur et son mari ainsi que les propriétaires du garage Citroën du bourg nous ont rejoints. Simone aime plaire aux hommes, ne se prive pas de les aguicher et la femme du garagiste a une réputation sulfureuse. Ces rencontres, au début purement amicales, deviennent progressivement plus "libertines" car la tentation est forte de rechercher quelques flirts sans lendemain ou d'entretenir des liaisons inavouées sur l'air du tube à la mode "Capri c'est fini"... et cette année là, tous les hits sont des slows pour pouvoir danser langoureusement.

Je ne sais pas si mon époux a succombé aux charmes de la femme du garagiste qui ne manque pas de l'émoustiller. Toujours est-il qu'il se montre flatté par cet intérêt marqué, ce qui m'agace car je ne suis guère décidée à jouer au couple moderne, ni assez sûre, non plus, des sentiments de mon mari à mon égard. Puis, un beau matin, quelques mois étant passés, mon époux ne veux plus entendre parler du garage Citroën, ne serait-ce que pour y faire le plein d'essence. Nous devenons clients du garage Renault, avec l'achat de deux R5 ! Que cache cette fâcherie ?

Or, j'ai pu constater, au fil des années, que si mon mari change d'habitude, lui si casanier, il y a forcément une femme cachée derrière ce comportement nouveau. Je suis à l'époque bien trop confiante et lui un menteur-né et cela doit correspondre, en réalité, à la fin d'une aventure ou au début d'une autre !

D'autres "relations" vont se joindre à notre groupe de copains : Augustin et sa femme finiront par divorcer ; Jeff, joyeux drille au chômage divorcera deux fois ; Jean-Louis le notaire, porté en dérision, disparaîtra ; Ange, propriétaire d'un hôtel-bar-restaurant à la réputation douteuse va prospérer... Raymond-Claude est le seul homme qui aurait justifié un effort de ma part. Il se révèlera amoureux et tendre, car, dans un tel contexte de roucoulades, de petits baisers échangés en douce dans la lumière tamisée, il est difficile de ne pas flirter un peu, voire plus, surtout si l'on veut se venger de son conjoint.

Pourtant, il n'y a rien de plus fatiguant que de tromper l'homme qu'on aime avec un autre que l'on aime seulement bien.

Aujourd'hui, je me dis que j'aurais dû persister dans le badinage, essayer le flirt comme un jeu, puis rechercher l'adultère. J'aurais pu, peut-être, persuader mon mari que cette épouse qu'il lui arrive de désirer de temps à autre, est désirable pour d'autres ! J'ai manqué de persévérance, car j'ai eu des occasions avec certains de ses meilleurs amis, mais je ne souhaitais ni tomber amoureuse, ni une liaison passagère, ni m'attacher à quiconque, ni tromper mes amies.

D'ailleurs, je me suis lassée rapidement de ces flirts qui tournent en malentendus, ne mènent à rien et compliquent la vie. Je n'avais pas de temps à perdre.

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Toutefois, il y aura, des moments forts, plein d'amitié, tel le mariage de Michel et Janette à Lyon, puis les baptêmes, les communions, les mariages des enfants. Nous irons régulièrement déjeuner ou dîner, tous ensemble, dans des restaurants aux alentours de Rozay, nous danserons parfois jusqu'à l'aube, dans quelque bal local à l'occasion de fêtes communales, plus rarement en discothèques, mais jamais avec mon mari car il n'invite que les femmes de ses copains pour bien marquer son indifférence. Nous fêterons Noël, la nouvelle année, le 14 juillet, la Sainte Barbe, ...nous serons de toutes le évènements, même si mon conjoint transforme, souvent, ces sorties en bagarre générale pour se" défouler", trouvant toujours une tête de turc à qui s'en prendre !!!

Je me rappelle, entre autre, de ce réveillon du Nouvel An organisé dans un restaurant de Coulommiers. A quelques tables de nous, l'équipe de rugby de la ville.. Mon époux ne trouve rien de mieux que de provoquer les joueurs attablés pour ce jour de fête, jusqu'à ce que la soirée se transforme en pugilat.. et les tables comme les chaises se mettent à voler !!! Combien de fois, ainsi, je le retrouve la figure meurtrie, la lèvre ouverte, l'arcade sourcilière tuméfiée, le costume déchiré.. C'est infernal.

Et, nous tous, "ses comparses" sommes obligés de fuir en courant tandis que le propriétaire des lieux appelle la police...

A 20 ans, c'est amusant, à 30 beaucoup moins et à 40, on ne supporte plus.

Nous nous retrouverons, ensemble avec ses amis, à deux reprises, en Espagne, en vacances pour des semaines pleines de soleil, de fêtes, de rires, même si parfois, dans cette bruyante bonne humeur, il y a quelque chose de factice qui me donne l'illusion du bonheur, car je regarde mon époux mais il ne me voit pas.

Il ne vit, est heureux, qu'autour d'une table entouré de ses copains. Je suis transparente.

dernières vacances en Espagne

 

Août 1969 : drame familial

Beau-frère et belle-soeur sont en Corse au bord de mer. Nos amis, Simone et Marcel en Espagne. Ne voulant toujours pas partir en vacances, mon époux termine la clôture autour du terrain de notre future maison dont la construction s'achève. Enfin, je ne passe plus d'éternelles vacances chez ma belle-mère, dans son logement sans confort, malgré toute l'affection que j'éprouve pour elle.

Soudain, nous sommes interpellés par une voisine qui vient de recevoir un coup de téléphone de Corse. Elle nous annonce brutalement le décès de notre beau-frère. Je suis figée sur place, mes jambes se dérobent tandis que mon mari est sonné, sans voix, les bras ballants. Elle n'a pas d'autres explications, elle ne sait même pas qui a téléphoné.

Complètement anéantis, nous pensons tout d'abord à un accident de la route, car notre beau-frère roule vite, trop vite. Nous nous inquiétons pour Janine et les enfants sachant cependant que son frère et sa femme sont avec eux. Nous attendons d'autres nouvelles avec impatience et au fil des jours, nous apprenons qu'il est décédé en plongée sous-marine. Plusieurs jours ont été nécessaires pour retrouver le corps qui flottait entre deux eaux.

Pourquoi était-il seul en plongé, ce qui est formellement proscrit ? la question nous taraude douloureusement.

La réalité est banale comme toujours. Notre beau-frère est resté quelques instants de trop sous l'eau. Le reste de la famille, y compris son frère, remontait au bungalow pour préparer le repas. Minutes fatales. Le coeur a lâché. Après une rapide enquête de la police, la famille revient par avion, le corps rapatrié suivra quelques jours plus tard. Dès son arrivée à Paris, ma belle-soeur se réfugie chez sa mère où elle sait nous trouver.

Elle est livide, dans un état pitoyable avec sa robe blanche portant des tâches. Les enfants ne comprennent pas la mort de leur père. Nous tentons de leur communiquer notre soutien, notre chaleur, nous les entourons de notre propre chagrin. Dans la douleur, le cercle familial, le clan, s'est soudé.

Nous mêmes n'arrivons pas à réaliser la cruauté des événements. Notre peine est immense car c'était un bel homme de 39 ans, calme, gentil, bon époux, l'opposé de mon mari.

Quelques jours plus tard, au milieu des gerbes et des couronnes de fleurs, les obsèques se déroulent dans le coeur de l'église de Rozay devant une foule nombreuse d'amis et de voisins. Il repose désormais pour l'éternité dans le petit cimetière communal. Mais, cela pose un angoissant problème à ma belle-soeur. Son époux décédé est le gérant de la laverie-teinturerie qu'il exploitait, son père étant le propriétaire. Elle n'est rien dans l'affaire, ne travaille pas et mariée sous le régime de la séparation des biens.

Anéantie par le chagrin, avec la peur du lendemain pour horizon, elle va dépérir à vue d'oeil, sombre dans la dépression, car son beau-père parle de vendre le commerce. Sa destinée dépend désormais du bon vouloir de celui-ci et de ses deux beaux-frères déjà bien installés dans la vie.

Automne 1969

Cependant, si mon époux n'est pas le mari idéal, il semble, par contre, très attaché à sa soeur et culpabilise de la mort de son beau-frère. Il se reproche de ne pas avoir voulu, cet été là, aller en vacances en Corse. Ses nombreux mois passés à l'armée, en stage de plongée chez les paras, lui donnent la certitude, à tort ou à raison, que, s'il avait été présent, il l'aurait remonté et réanimé. Il ne l'aurait jamais laissé seul en plongée.

Il propose donc à sa soeur d'aller travailler avec elle à la teinturerie, le temps qu'elle reprenne goût à la vie et qu'une solution soit trouvée pour stabiliser son avenir et celui de ses enfants. Il quitte la Compagnie Générale de radiologie qui l'emploie, société qui, de toute façon, délocalisait vers la grande banlieue nord l'obligeant à rechercher un autre employeur.

Cette situation qui ne devait durer que quelques mois le temps de dépanner sa soeur, se prolongera en réalité quatre ans. Ce nouvel emploi, mal rémunéré compte tenu du contexte familial, lui donne, par contre, beaucoup plus d'obligations. Parti très tôt le matin, il ne rentre à la maison que vers 20 heures, ce qui va poser rapidement des problèmes avec notre fille, moi-même rentrant tardivement de mon travail.

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Novembre 1970 : décès du Général DE GAULLE

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1972 : de nouvelles responsabilités

L'implantation de mon entreprise à Massy va s'accompagner d'un développement notoire des activités commerciales. Le chiffre d'affaires double très rapidement. Cela nécessite le recrutement de nouveaux cadres et agents de maîtrise, un remaniement complet de l'organigramme, une mise à la retraite de l'ancienne équipe devenue vieillissante, ainsi qu'une redistribution des responsabilités.

Le challenge est simple, soit je trouve le temps, le courage et les moyens d'assurer ma formation vers les nouvelles technologies ou disciplines émergentes (informatique, contrôle de gestion, droit social, fiscal ..), soit je deviens peu à peu incompétente avec, quelques années plus tard, un licenciement programmé à la clé.

Je l'ai vite compris, je n'ai guère le choix, je dois évoluer coûte que coûte. La situation peu stable de mon époux ne me permet pas de tergiverser.

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Mai 68 est passé par là. Massy ne s'est pas révélé le bassin d'emploi qu'avaient espéré mes dirigeants. Il faut, de gré ou de force, désaisonnaliser l'entreprise et recruter des salariés ayant de meilleures compétences pour stabiliser un tant soit peu les effectifs. C'est une question de survie.

Dans un premier temps , je vais entreprendre une formation en droit du travail, qui durera deux ans, avec une avocate spécialisée d'un cabinet parisien. Mes connaissances sont insuffisantes face à l'évolution des lois sociales, au retard abyssal de l'entreprise et il faut organiser un service du personnel quasi inexistant.

Ces séances de travail, le plus souvent d'une journée complète, se déroulent la plupart du temps dans ma société, ce qui n'entraîne pas de contraintes particulières. Claudine, l'avocate, est très sympathique et cette formation m'a permis de faire progresser sensiblement l'entreprise vers une gestion du personnel plus rationnelle et plus humaine.

Le turn-over est démentiel, et c'est la jungle, avec 120 permanents et plus de 600 à 700 saisonniers répartis entre deux saisons (l'été, celle des fruits - l'hiver, celle des marrons glacés). Jusqu'à présent, les contremaîtres, les chefs d'équipe, assurent tant bien que mal la gestion "humaine" dans les ateliers de production, au gré de leur fantaisie, chacun à sa manière, avec ses prérogatives, ses laisser-faire ou ses passe-droits, le tout appliqué suivant l'humeur du moment ou la couleur du temps. De surcroît, le personnel saisonnier est composé de beaucoup d'étrangers, avec de vrais ou faux papiers, de "filles" qui viennent se mettre au chaud l'hiver pour bénéficier ultérieurement de prestations sociales, et d'étudiants l'été. Le recrutement se fait sans entretien préalable, à la "tête du client".

Une "population" ouvrière difficile à gérer et folklorique. Quant aux services administratifs, de nouveaux employés plus qualifiés sont, peu à peu, recrutés.

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Je suis chargée, avec l'aide de Claudine, de revoir ou de créer les contrats de travail du personnel, car la plupart sont inexistants ou archaïques. Je dois, aussi, rédiger les définitions de fonctions de chacun, tant pour les salariés permanents que pour les saisonniers, tout en mettant en place un semblant de gestion et de formation du personnel. Jusqu'à présent, notamment pour le personnel saisonnier, les licenciements s'effectuent sans préavis, au gré des circonstances...

La législation a évolué de façon significative. Il faut appliquer la Convention Collective de la Conserve, (jusque là volontairement ignorée par ma direction), mais également déclencher le licenciement des personnels les plus récalcitrants au changement et, ils sont nombreux ! Les mauvaises habitudes vont avoir la vie dure...

Des règles communes vont s'imposer à tous, à travers un règlement intérieur, des notes de service, qui jusqu'à présent n'existaient pas. Tout ceci, au fil des années, va passer par l'informatisation du service du personnel à tous les échelons de la hiérarchie. Vaste programme... impliquée jusqu'au cou, cela me vaudra beaucoup de soucis, de travail, y compris des coups de téléphone intempestifs, même la nuit et, comble du stress, des lettres de menaces de mort !

Plus tard, nous allons organiser la réduction annuelle du temps de travail, alors que les ouvriers travaillent parfois 60 heures, voire 70 ou plus par semaine en saison. Dès 1982, la réduction et la modulation des horaires de travail fonctionnera parfaitement : 35 heures hors saison, 43 heures en saison, soit 39 heures en moyenne annuelle.

Une véritable révolution pour les salariés !

 

La Ville du Bois

 

A Massy, ville dortoir ou s'entassent nombre d'immigrés de toutes origines, il n'y a pas d'école privée. Les écoles primaires, les collèges, les lycées publics s'avèrent des établissements "à problèmes " avec sa petite et grande délinquance. La drogue, le racket et la violence font, au fil des années, des ravages parmi les élèves.

Dès cette époque, j'aurais aimé déménager sur Verrières-le-Buisson, mais venant d'arriver sur la région, je ne connaissais pas cette commune qui, pourtant mitoyenne, est tout le contraire de Massy. C'est le jour et la nuit. A l'une, la grisaille du bétonnage et des barres de HLM, à l'autre la ville-jardin avec ses arbres, ses parcs, son bois tout proche, son petit lac, ses maisons bourgeoises cossues et fleuries, son centre-ville ancien et préservé. La France d'en bas et la France d'en haut. Une population d'immigrés black-blanc-beur, contre la plus forte concentration de polytechniciens.

Je ne m'installerai à Verrières qu'après mon divorce.

J'essaie, tout d'abord, de superviser les devoirs de ma fille, avec difficulté, ayant des horaires plus ou moins élastiques du fait de l'activité saisonnière de l'entreprise. De plus, la nounou qui garde Valérie à la sortie des classes jusqu'à mon retour du travail est peu rigoureuse sur la discipline. Les enfants de l'immeuble, livrés à eux-mêmes, font des bêtises, sans parler des "ballets roses" dans les cages d'escaliers : les petits garçons explorant l'anatomie des petites filles !

Mes recherches s'orientent vers un cours privé situé à La Ville-du-Bois, établissement ayant une très bonne réputation. Valérie est encore trop jeune pour faire l'aller-retour en transport en commun, aussi j'opte pour l'internat souhaitant que ma fille reçoive une bonne éducation pour réussir dans la vie. Je ne veux pas lésiner sur les frais de scolarité et j'imagine qu'il s'agit de quelques mois, voire au plus, d'une ou deux années scolaires, compte tenu du contexte avec ma belle soeur.

 

Le costume Mao

La meilleure amie de ma fille à l'école du Sacré-Coeur de La Ville-du-Bois, s'appelle Anne-Claude, fille unique comme la nôtre. Son père est informaticien et sa mère secrétaire.

Valérie est invitée à diverses reprises à passer le week-end chez les parents de son amie qui viennent de se faire construire un pavillon non loin de l'école. Ils nous proposent, également, d'emmener notre fille en vacances en Savoie chez la grand-mère paternelle afin de passer le mois de juillet à la ferme. Cela évite les éternelles colonies de vacances. Ils nous invitent à déjeuner et je suis étonnée car mon mari accepte ces invitations avec bonne humeur, lui qui, d'habitude, refuse catégoriquement toute sortie amicale, hors du cercle habituel de ses copains.

A la fin du mois de juillet, il me propose d'aller récupérer les enfants à la Gare de Lyon, alors que nous sommes en week-end à Rozay. Je sais que la mère d'Anne-Claude vient chercher également sa fille. Sur le coup, j'apprécie son geste car c'est le genre de corvée à laquelle il ne se prête jamais, comme sa venue à la fête de fin d'année de l'école. J'ai cru bêtement qu'il devenait, enfin, gentil et civilisé. A aucun moment, je n'ai imaginé qu'il puisse séduire la mère d'Anne Claude.

Quelques semaines plus tard, il m'explique qu'il est allé seul au cinéma voir la "Planète des singes". Je suis sidérée, car à aucun moment, il ne m'a proposé de l'accompagner alors que, depuis des mois, je souhaite voir un spectacle. Je trouve qu'il s'accorde beaucoup de liberté pendant ses heures de travail et, j'aurais compris à la rigueur, qu'il accompagne ses neveux, mais ce n'est pas le cas. J'accuse le coup sans rien dire en me promettant de prendre, moi aussi, quelques libertés dans le futur. Il y a tant de films que j'aurais aimé voir !

Enfin, lui qui ne porte que des jeans et des vêtements sport décide d'acheter un complet veston qui coûte une fortune. Pour plaire à qui ? Un costume à col Mao d'intellectuel de gauche, couleur bleu de chauffe, vraiment pas son style habituel. Il ne le mettra qu'à une rare occasion : la fête de l'école de notre fille.

*****

Je vais avoir l'explication de tous ces agissements suspects, dix années plus tard, lorsque nous divorcerons. Il m'annonce fanfaron, par méchanceté, perversité, ou vexé de mon ignorance, que Colette, la mère d'Anne-Claude, a été sa maîtresse ! La gare de Lyon n'a été qu'un prétexte pour la rencontrer, comme la planète des singes, et le costume Mao, acheté pour lui plaire !

Tous ces faits anodins à priori, ces invitations, auxquelles il s'est prêté contrairement à ses habitudes, auraient dû attirer mon attention. Je n'ai rien vu, ou je ne voulais rien voir ? Je n'ai pas surpris, de la part de l'un ou de l'autre, cette lueur enjôleuse qui explique le début de tout adultère.

En m'avouant une passade que j'ignorais, mon mari avait la volonté de me blesser, de m'écraser, de me piétiner. Avait-il besoin de me faire du mal pour se faire du bien ? Voulait-il ne me laisser que des mauvais souvenirs ? Pourtant, ce jour-là j'avais déjà eu ma dose de trahisons.

En lui, toujours , cet étrange besoin de revanche, de méchanceté gratuite. Je me reproche de ne pas l'avoir trompé, méthodiquement, ce que je n'ai pas su faire.

 

1972 - Séjour à l'hôpital

Outre le fait que Valérie est toujours en pension, ce qui m'affecte considérablement, son père a de gros problèmes de santé qui mettent l'accent sur la précarité de son emploi.

Alors qu'il coure pour attraper le RER, il ressent une forte douleur dans la poitrine. Arrivé chez sa soeur, le médecin diagnostique une déchirure de la plèvre. Il sera hospitalisé 15 jours dans un hôpital parisien sinistre où l'on parle de lui pratiquer un pneumothorax.

Tous les jours, entre midi et quatorze heures, je vais lui rendre visite dans une salle commune vétuste occupée par nombre d'émigrés. Cette situation me donne le cafard d'autant que mon mari ne semble guère apprécier mes visites. Il est toujours distant et froid. Je mets cela sur le compte de sa santé précaire et de l'ambiance désagréable de l'hôpital.

Pour comble, j'apprends qu'il ne sera pas payé pour ces journées d'arrêt. C'est trop. Ce salaire de misère ne peut plus durer. Désormais sa soeur se sort très convenablement de son deuil, grâce aux dispositions financières très favorables prises par son beau-père. Après d'âpres discussions, mon époux sera enfin indemnisé.

Quelques mois plus tard, la teinturerie est vendue au restaurant mitoyen "Le Dôme" qui souhaite s'agrandir et rénover l'établissement. Ma belle-soeur bénéficie en donation d'une partie du logement situé au dessus du commerce, l'autre partie allant à ses enfants. On lui propose un emploi de caissière dans ce grand restaurant du boulevard Montparnasse. Elle y restera jusqu'à sa retraite.

Mon mari se trouve désormais sans emploi.

 

septembre 1972 : Les Fleureuses de Quétotrain

   

Ma belle-mère nous annonce qu'elle possède un vaste terrain de 3 hectares hérité de son père, ce que nous ignorions. Il y chassait depuis 40 ans et ne l'entretenait guère pour favoriser le présence du gibier : lapins, lièvres et faisans. Situé à deux kilomètres de Rozay, sur la commune de Nesles-la-Gilberte, au lieu-dit "les fleureuses de Quétotrain", ce terrain posséde 350 mètres de berges avec l'Yerres. La Mairie ayant un projet d'étangs pour les loisirs, nous met en demeure de nettoyer les berges en dégageant les arbres tombés à l'eau, ce qui est une obligation pour tous les propriétaires riverains.

Après avoir pris connaissance du plan cadastral, nous découvrons un chemin vicinal à l'abandon envahi de broussailles et un terrain couvert de roseaux et d'épineux de deux mètres de haut. Des marécages alimentés par des sources à fleur de terre nous empêchent d'y accéder en voiture, sous peine de s'enliser.

Nous achetons ce terrain à ma belle mère, après l'avoir fait borner par un géomètre. L'accès à la rivière passe par le débroussaillage préalable du chemin, du terrain et des berges, ce qui s'avère un travail titanesque de plusieurs années et demandent les compétences de spécialistes. A peine les berges et les arbres morts dûment dégagés, les nombreux ormes sont atteints par la graphiose. Il faut tous les abattre, à notre grand désarroi, mais cela va nous fournir du bois de chauffage pour de nombreuses années. Il reste, pourtant, de magnifiques chênes, des frênes et quelques beaux noyers. Nous plantons des peupliers d'Italie puis des saules pleureurs et faisons creuser, en 1974, des étangs pour solutionner les problèmes d'inondations récurrents liés aux sources.

Pourtant, ce n'est pas l'époque idéale pour engager de tels frais. Mon mari vient de reprendre un commerce à Rozay. Il sera deux ans sans revenus pour en définitive faire faillite. Je finance ces étangs avec mes seuls revenus et je fais bouillir, seule, à nouveau, la marmite familiale.

Cet homme se désintéressera complètement de la maison et de son jardin. Des discussions sans fin s'engagent lorsqu'il faut vérifier, à l'automne, les gouttières engorgées par les feuilles, tailler les thuyas, bêcher les pieds des arbres. Je me suis mise à la tondeuse et le père de mon amie Simone vient régulièrement m'aider pour les plus gros travaux auxquels je n'arrive pas à faire face.

Je vais devoir, pendant les week-end et les vacances, m'habituer à ma solitude, car mon mari devient un vrai courant d'air. Son terrain est l'excuse idéale pour ne jamais rester à la maison. Je vais m'investir dans la reprise de mes études ce qui va meubler mes journées, améliorer mes revenus et, par là même occasion, mes capacités professionnelles.

Je sais au fond de moi qu'un jour ou l'autre cela me sera utile.

 

Un nouvel emploi, une nouvelle chance

Dans les premières années de notre mariage, j'avais confiance dans les compétences de mon époux. Son allure jeune et sportive me rassurait, il parlait toujours avec beaucoup d'autorité, je le trouvais bel homme. Cependant, son échec avec Nauti-France et les remorques à bateau, puis l'épisode avec sa soeur après le décès de notre beau-frère avaient entamé mon capital confiance. Rien ne l'intéressait vraiment.

A l'époque, sur la zone industrielle de Massy, les entreprises de grande renommée sont nombreuses. Mon mari doit trouver du travail au plus vite, car le fossé s'agrandit entre nos revenus. De plus, je suis amenée à passer à la vitesse supérieure ayant été promue cadre.

Toutefois, ma société, toujours confrontée à des problèmes de recrutement de main-d'oeuvre qualifiée, veut moderniser ses lignes de fabrication afin de réduire la masse salariale pour contrer la concurrence : Bonne-Maman pour la confiturerie, Breton et Motta pour les marrons.

Des décisions sont prises par mes dirigeants :

Dans un premier temps : les installations frigorifiques, désormais opérationnelles, permettent de faire venir les marrons crus tout épluchés et congelés d'Italie. Suppression de l'épluchage et du personnel adéquat.

Dans un second temps : industrialisation de la cuisson et du confisage des marrons, processus resté jusqu'à présent artisanal. Ma société va devoir innover. La cuisson et le confisage se faisant jusqu'à présent à l'aide de terrines de 5 kg chacune, celles-ci sont remplacées par des bacs de 600 à 800 kg chacun, installation dotée d'une alimentation automatisée en sucre liquide. Fini le charroi des sacs de sucre de 50 kg et du travail pénible. Par voie de conséquence, on supprime nombre de postes de travail d'ouvriers non qualifiés, en règle générale des émigrés.

Pour cela, une vingtaine de bacs sont conçus et fabriqués par une société d'ingénierie extérieure. L'installation dans nos locaux doit être assurée par le service maintenance de l'entreprise et le chef de service, proche de la retraite, déjà bien occupé par les autres secteurs d'activité, doit chercher un adjoint pour prendre en charge ce projet.

*****

Mes dirigeants connaissent la qualification de mon époux. Le sachant sans emploi, ils lui proposent un contrat à durée déterminée de six mois pour assurer l'installation et la mise en fonctionnement de ces bacs de confisage. Comme la rémunération est le double de celle qu'il percevait chez sa soeur, cela me paraît être une aubaine bien tentante à ne pas refuser. L'écart entre nos salaires allait s'estomper. Du moins momentanément.

J'étais aux anges, le voyant prochainement postuler au poste de Responsable du service entretien.

Pourtant, à la fin de ces six mois, ma Direction souhaite renouveler son contrat pour une durée identique et j'en ai assez de ces emplois précaires auxquels il est soumis depuis plusieurs années. Je négocie avec mes dirigeants un contrat fixe à durée indéterminée, position agent de maîtrise. Ils acceptent avec difficulté, rechignent, se font tirer l'oreille, mais je ne peux pas accepter que mon mari reste à un niveau ouvrier tandis que moi j'ai acquis une position cadre. C'est une source de frustration pour lui, ce que je veux éviter à tout prix.

Au fil des mois, la réalité va apparaître tout autre, car cet homme ne veut guère de responsabilités, guère de contraintes. Quel est donc cet étranger que je découvre soudain, que je me suis entêtée à aider, défendre, épauler, consoler, faire progresser ?

 

La dure réalité

Pendant les premières semaines de sa présence dans l'entreprise, j'étais heureuse de le côtoyer, à tout propos, au détour d'un couloir. Nous déjeunons à la maison et les journées passent vite. Notre fille grandit, et je projette de la retirer de pension. Mais ce bonheur simple et familial ne va pas durer bien longtemps.

Subitement, mon mari décrète de déjeuner, dorénavant à la cantine de l'usine, local sinistre destiné au personnel saisonnier. Tous les cadres et le personnel permanent, ont été relogés aux alentours, et sont supposés prendre leur repas à leur domicile ou dans un des restaurants de la galerie marchande de l'hypermarché situé à proximité.

Je sais que cette décision déplait à ma direction, car la mentalité de l'époque est très à cheval sur les principes de "chacun à sa place". Cependant, mon époux insiste, tempête, et comme d'habitude je cède, incapable de lui tenir tête longtemps devant le ton autoritaire et la vigueur de son argument : "cela me donnera moins de travail, et me permettra de ne pas courir"..

Je déjeune désormais seule.

Après plusieurs semaines de cette nouvelle organisation, je décide de prendre un repas à la cantine de l'usine pour me rendre compte de l'ambiance. Et je découvre un autre homme, arrogant, blessant, qui me rabroue brutalement devant les membres du personnel sous prétexte que j'ai oublié d'apporter sa boisson !

Mais, je remarque aussi qu'il se montre trop familier, goguenard et empressé auprès d'une femme, chef d'équipe, provocante, perchée sur de hauts talons aiguilles, à moitié nue sous sa blouse transparente. Elle possède une forte poitrine, des lèvres outrageusement fardées d'un rouge brillant, violent, vulgaire, les cheveux décolorées, une blondasse, maquillée comme une fille de mauvaise vie. Et, pour finir, elle parle et rit trop fort.

Mon époux a le rire facile devant elle, mais aussi l'orgueil du mâle qui sent à portée de lui un nouveau territoire facile à conquérir, vite conquit.

Je tente de me rassurer en me disant : "Ce n'est pas son genre". Depuis, j'ai appris à mes dépens qu'il n'en a pas vraiment !

Mes doutes se précisent. Un soir, je les vois quitter l'entreprise très tôt et monter tous les deux dans la voiture de mon époux. Rentrée à la maison, je lui signifie clairement qu'il ne doit pas s'afficher ainsi avec cette femme à la réputation légère. Je lui demande de cesser ce genre de provocation, de ne plus la reconduire ni aller la chercher à son domicile. Je lui rappelle que mon poste nécessite de se tenir à distance du personnel ouvrier et qu'il doit respecter certaines contraintes exigées par la direction. C'est un ultimatum ou il devra démissionner.

Il doit, aussi, cesser de m'humilier.

En apparence, il cède, il me promet "juré craché", avec une douceur indignée propre à l'hypocrisie, qu'il n'y a rien entre cette femme et lui. Je lui fais comprendre qu'il ne doit pas me prendre pour une idiote, car je le sais, je le sens : il ment.

Il reviendra déjeuner à la maison, ou bien nous déjeunerons dans les restaurants proches de notre lieu de travail et j'ai voulu croire, à tort, que tout était rentré dans l'ordre.

Quelle naïveté !

 

La dénonciation

Quelques semaines après cette pénible mise au point, je vais être, malgré moi, amenée à participer à une scène un peu loufoque, surréaliste, qui me confirmera dans l'idée que cette relation extra conjugale est bien réelle.

C'est une fin de journée ordinaire. Une chef d'équipe, une Italienne volubile, (il y en a plusieurs sur les lignes de production), frappe à la porte de mon bureau. Quel problème peut-elle rencontrer pour venir me réclamer un entretien plutôt que de s'adresser à son chef direct, le directeur de production ?

immédiatement, elle attaque et me précise que mon mari et sa collègue de travail, la "blondasse", entretiennent une liaison. Elle m'affirme les avoir vu, à l'instant même, en train de s'embrasser derrière une pile de cartons d'emballages ! Elle me demande de faire cesser cette situation intolérable !

Intolérable pour qui ? Pour elle ou pour moi ? Pourquoi les dénonce-t-elle ? Rancoeur de femme jalouse ?

En ma qualité de responsable du personnel, je n'ai guère d'autre choix que de téléphoner aux deux intéressés en leur demandant de venir s'expliquer dans mon bureau avec leur collègue. Dès qu'ils sont arrivés tous deux, je leur précise l'objet de cette dénonciation. J'écoute leurs explications vaseuses. C'est clair comme de l'eau de roche.

Mon mari se tait, me toise, un air de défi qui ne dure que quelques secondes, un vague sourire aux lèvres, et derrière ce sourire se cachent des mensonges. Nouveau numéro de prestidigitation. Détendu, il me fait l'effet d'un autre. Son regard est dur, perçant. Il est calme, sûr de lui, sûr de moi, car il sait que je ne ferai pas de scandale sur les lieux de mon travail.

La femme accusée d'adultère nie l'évidence qui saute aux yeux. Je sais pertinemment que l'Italienne n'aurait pas pris un tel risque en les dénonçant si l'histoire était fausse.

Je reste bizarrement sereine, avec un visage neutre, comme si cette affaire ne me concernait pas personnellement. Je m'interdis de penser à leur corps à corps, je me refuse d'imaginer leurs baisers, leurs caresses, dans les vestiaires, les caves, derrière les sacs de sucre ou de palettes, tels que les ragots doivent les colporter. Je ne veux rien entendre de ce que l'on peut dire derrière mon dos, car les nouvelles vont vite.. C'est sordide. J'en ai assez de leur manège, de leurs mensonges. Mais, subitement, le ton monte entre les deux femmes. J'écoute leurs propos salaces, leurs accusations, leurs insultes. Mon corps tout entier est tendu d'une haine rentrée.

Mon PDG, attiré par leurs cris, fait irruption dans mon bureau, je lui explique brièvement le problème. Il est hors de lui, fait sortir les protagonistes et précise à l'Italienne dénonciatrice "vous feriez mieux de vous occuper de votre cul plutôt que de celui des autres". Rouge de rage, elle quitte les lieux en maugréant.

J'ai vu la tête de mon patron, j'imagine qu'il en sait plus qu'il ne veut en dire vraiment. Je suis écoeurée, bafouée, humiliée. Depuis combien de temps cette liaison dure-t-elle ?

Le soir, de retour à notre domicile, je fais mine de croire les propos de mon époux, j'essaie d'être calme, paisible, insouciante. Il commence à nier avec l'indignation de l'innocence bafouée, mais le ton détaché qu'il a pris ne m'a pas trompée une demi seconde.

Il ment, je le sais.

Parfois, dans la vie d'un couple, il est sage de ne pas tout voir. Je nie l'évidence. Je devine, déjà, à son expression mauvaise et satisfaite que cette trahison allait se poursuivre. Je ne suis pas dupe.

L'un se tait par superbe, l'autre par peur des représailles. Il y aura désormais des secrets et des non-dits entre nous.

 

Ma naïveté a cédé la place à la méfiance,

A y réfléchir de plus près, voilà déjà un moment que mon mari est lointain, indifférent. Il m'embrasse sans chaleur particulière avec des lèvres froides. Il regarde ailleurs et nous n'avons guère non plus de gestes tendres. La nuit il me tourne le dos. Cet homme n'a jamais su m'apporter la tendresse dont j'ai tant besoin.

Je vais prendre conscience que ces déplacements appelés "astreintes", ne sont pas totalement innocents. Ils sont inventés pour donner des excuses valables aux maris volages, et permettent trop, beaucoup trop d'allers-retours entre notre domicile et l'entreprise, tant le soir que les week-ends.

Entre deux apparitions à la maison, je me suis, plus d'un soir, endormie tardivement dans le lit froid, réveillée en pleine nuit, cherchant vainement le corps de l'autre à mes cotés, et ne trouvant que le vide. Il n'est pas encore rentré. Mais, que de bonnes raisons à invoquer, le matériel de confisage ne tourne-il pas jour et nuit ? Les pannes : quel bon prétexte...et les pointages, les badges, oubliés comme par hasard.

Je réalise que toute l'entreprise doit être au courant, depuis bien longtemps, des aventures de mon mari. Evidemment, c'est toujours comme cela, la femme trompée est toujours la dernière à l'apprendre. Depuis combien de temps me plaignent-ils en douce, en parlent-ils entre-eux ? J'imagine les conciliabules, les confidences et mon infortune, connue de tous, sauf de moi, me donne mal au coeur.

Je me sens malheureuse et déstabilisée. Je dois affronter les regards, faire "comme si..", dissimuler et crâner. Mon mari me trompe, c'est pitoyable, mais si commun ! Et ce sentiment inconnu, d'une cassure, que tout est changé et qu'il faudra vivre autrement. Nous allons désormais vivre dans une sorte de "no-man's land", un territoire en trompe l'oeil où chacun évolue l'air de rien, comme si rien ne s'est passé ou ne s'est dit. Nous n'en parlerons plus.

Mais, j'avais le goût de la vengeance.

 

La guerre est ouverte

Entre les deux femmes, l'italienne et la blondasse, le ton montait. Elles sont devenues les pires ennemies.

Quelques mois passant, l'entreprise va organiser un de ces licenciements économiques dont ma carrière sera jalonnée. Mes dirigeants ont décidé d'arrêter le secteur confiturerie car la concurrence des marques "Andros et Bonne-Maman" nous fait perdre de nombreux marchés. Les deux femmes seront licenciées parmi bien d'autres salariés employés dans ce secteur d'activité. Tous les investissements seront tournés désormais vers le secteur fruits pour l'industrie (de la glace et laitière) et les marrons glacés.

Or, même si je m'occupe administrativement des dossiers, je ne suis pour rien dans le choix des "nominés", celui-ci revenant au directeur de production et à la direction générale.. Pourtant l'Italienne m'en tient rigueur, me menace, pensant à tort que je suis la source de son licenciement. Nous recevons, de nuit, de nombreux appels téléphoniques inquiétants.

Suite à cet incident, les relations entre mon PDG et mon mari ne cessent de se dégrader. Aussi, après une altercation dont le vrai motif me restera quasi inconnu, mon époux quitte brutalement la société. Je suis soulagée de son départ malgré les nombreux problèmes que cette décision allait nous créer. Etant démissionnaire, donc sans couverture d'assurance chômage, j'allais, à nouveau, assurer seule, les charges du foyer et cela pendant un bon moment. Cela durera deux longues années...

Que faire pour ne plus souffrir ? Il faut devenir indifférente et m'éloigner de mon conjoint.., lui échapper. Pour me consoler, oublier ma détresse, je prendrai un amant, passager clandestin dans ma vie d'épouse délaissée et mal aimée. Je vais réorganiser ma vie, poursuivre mes études et c'est dans ce contexte que j'ai connu l'IFG, et Richard.

Je vais prendre le large et mon mari ne pourra plus me rattraper. Nos liens sont définitivement brisés.

Je reprends la main comme on dit au jeu.

 

 

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